Image et ressemblance

Nos robots humanoïdes seront-ils malades ? Comment ne le seraient-ils pas s’ils sont créés à notre image et ressemblance ? Et comment pourraient-ils ne pas être créés à notre image et ressemblance ? Sauf à envisager, avec Philip Dick, que le biologique soit la ruse du silicium pour accéder à la vie.

 

Doit-on dès lors envisager une SEP numérique ? L’androïde ralentit, s’alanguit. Il bafouille, trébuche. Il bug. Scan du bios : trois tâches signal sur le câblage externe. Diagnostic confirmé par une ponction du liquide de refroidissement des processeurs. Que faire ? Poubelle ? J’y suis attaché à cet androïde PW-27 vieux modèle (avant le second tournant quantique), tant de souvenirs. Le technicien m’indique qu’il n’y a pas de réparation possible, sauf à tout changer et réinitialiser le bloc mémoire. Bon, je décide de le garder en état. On avisera.

 

Grâce à un code ALD pirate, récupéré sur le dark web, mon robot Aide-de-vie l’assiste pour les rechargements et mises à jour. Ce spectacle d’un robot aidant un autre robot est touchant. Un collègue ingénieur adapte un déambulateur autonome Tesla+©. La journée, l’androïde sépien reste le plus souvent sur son socle. Je lui demande parfois des trucs simples, à sa portée. Le reste du temps, comme je vois clignoter ses diodes wi-fi, il doit se balader sur la toile, lentement.

 

Et puis un matin, il a disparu. Comment ? Pourquoi ? Suicide programmé ? J’en parle à des amis sur les réseaux. Mauvaise idée. La police numérique me convoque. Un officier instructeur m’indique en gueulant la procédure OBLIGATOIRE. J’aurais dû signaler le dérèglement « dans la journée » (il insiste), euthanasier le dysfonctionnel dans un centre agréé, puis transmettre un Certificat de Destruction à l’Administration de tutelle On craint que ce type de déviance technologique n’entraîne des comportements inadaptés et dangereux. Il existe d’autres cas, paraît-il. Qui sait alors ce qui pourrait arriver.

 

Jugement automatisé. Trois mois de prison numérique. La peine est lourde. Quoi faire ? Je vais devoir lire des livres anciens, sur papier ! On ne m’y reprendra plus.

3 réflexions sur “Image et ressemblance”

  1. Aïe aïe aïe ! Et sans aucune illustration, les livres. Sur papier d’après-guerre, à l’encre qui fuse, en police ultra-réduite et sans marge…
    D’ailleurs, trois mois, c’est un verdict contestable. Les machines portent l’affaire plus haut et, au motif de non assistance à robot en danger, réclament la lecture à perpétuité. Pas moins. Exclusivement des ouvrages en lettres gothiques. Dans un sous-sol uniquement éclairé à la chandelle. Histoire de rappeler au détenu la noblesse de l’ère moderne.

  2. Les robots classe alpha de la seconde génération quantique ont intégré l’application Evangile2000 dans la sous-couche du firmware (à la suite d’une histoire rocambolesque que je raconterai un jour). Ils appliquent le principe  » Ne jugez pas afin de ne pas être jugés  » (Mt 7, 1). Ainsi advint le Royaume sur terre. L’apocalypse avait raison : La Jérusalem céleste sera minérale (Cf. Ap 21, 18-21).

  3. Mon esprit terre à terre s’interroge : l’atmosphère du cloud rendra-t-il le royaume numérique respirable ? Sans mutations particulières de son appareil respiratoire , l’humain a du souci à se faire. A moins que… un déplacement subtil de molécules, une évolution inédite du cortex, un truc à la Capek, qui ouvrirait la voie au salamandrisme mondial ?

    (Mais quel bonheur attendre de la Grande Entité des Salamandres et des règles de la nouvelle pensée unique pour tous, codées de façon à ce que les robots de dernière génération perdent toute mémoire autre, eux qui sont déjà dépourvus d’âme ? )

    Bon, je reprendrais bien un livre, moi.
    En attendant, évidemment, le récit de l’histoire rocambolesque annoncée plus haut.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut