La SEP te plaque au sol. Elle réduit l’espace au clos de ta pauvre maison, qui t’est une province et beaucoup davantage, le seul monde disponible en fait. Ce constat acide a des avantages. J’en ferai la liste exhaustive plus tard. L’un des plus insignes sera sans doute de ne plus pratiquer le divertissement touristique.
Rangés shorts, tongs, bananes, bobs et casquettes. Finies les errances l’air ahuri, à la recherche d’images inoubliables ou du sentiment délicat du temps vide, à travailler à se reposer, à ne rien faire en suivant les parcours et les péages. Inutile d’en rajouter sur cette étrange et périodique régression de la conscience.
Enfin, que dis-je l’absence de pratique ! J’habite une petite ville charmante et touristique. J’observe depuis ma fenêtre le flux continu des corps indolents, divagant dans les rues, à pied, en rosalie électrique ou dans le petit train découverte (50 mn, avec commentaires et musique). De mai à octobre, l’homo touristicus rate de peu l’expérience pascalienne, subjugué par le projet capitaliste et ses injonctions intéressées aux plaisirs. Las, contemplant l’incessant défilé, je ne peux oublier le jugement acerbe du psalmiste :
L’homme comblé ne dure pas : il ressemble au bétail qu’on abat.
Tel est le destin des insensés et l’avenir de qui aime les entendre :
troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître.1Ps 48, 13-15.
Au même pas lent et grégaire, frères, sœurs, nous partageons quelques temps un destin commun, comble et triste.
Le psalmiste n’assure-t-il pas, cependant, au verset 16, « Mais Dieu rachètera ma vie aux griffes de la mort : c’est lui qui me prendra » ?
Aux touristes de ce monde que nous sommes, tout n’est peut-être pas vain. Si telle est Sa volonté, qu’elle soit aussi la nôtre. Dans un ordre autre que celui de nos humaines cartes et balises, et dont nous ignorons tout.