Disproportion

La SEP bouleverse nos vies, représentations et idées. À ce point décisif de non-retour, elle rend caduque jugements et certitudes. En bon mathématicien, Blaise Pascal parle de disproportion.

 

De fait, notre situation sépienne oblige à refonder un monde incertain et flou dans lequel les extrêmes commutent et les prochains s’éloignent. L’ailleurs entre en nous, creusant béances et abimes. Nous ne pouvons plus habiter la voie du milieu que sous le mode de l’inintelligible et du regret. Hantés par l’indéniable vérité d’un corps subi, cette existence troublée descend vers un néant bien plat, comme elle grimpe vers des infinis à la pelle, ces étranges lointains à peine aperçus. Le drame est que cette échelle sidérante et discontinue fonctionne simultanément et dans tous les sens !

Car enfin qu’est‑ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout, infiniment éloigné de comprendre les extrêmes.1Blaise PASCAL, Pensées, L 199 (ICI). Voir Laurence DEVILLAIRS, Philosophie de Pascal. Le principe d’inquiétude, PARIS, Puf, 2022, p. 122 sq.

Ah SEP mon amour©, quel voyage ! L’immensité partout, une somme d’immensités en coïncidence chaotique dans mon corps ! Comme il me manque, ainsi qu’autrefois, de m’enfermer dans la citadelle du confort, afin de jouir raisonnablement de la torpeur du lombric. Il me manque, loin des sanctuaires anciens, de ne plus être l’esclave de mes illusions. Ainsi qu’Œdipe, dit-on, je désire parfois m’aveugler pour ne plus voir.

 

Comme si la douleur de la vision n’était pas déjà intérieure.

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