Ô jardin accueillant, tendre éden, les pas sépiens me portent vers toi. Hôpital de campagne, recueil des simples, tu soignes autant que nos drogues à protocole. Bientôt, j’écrirai tes leçons de sagesse.
Œuvre symphonique et synodale, ici, tout est lié : l’eau de pluie dans les citernes antiques, le feu du soleil, le froid des nuits venteuses, la terre de décomposition. Sur cette scène carrée à moins de deux ares, la vie éclate de mille feux. J’y redécouvre ma part végétale. L’humain s’étiage de tout ceci, angélique, humain, animal, végétal et très organique.
Mes impatiences de malade se convertissent à la noble et tranquille lenteur de la plante. Ma douleur s’apaise dans la douceur silencieuse des hauts fleurissements. Mon immobilité agacée apprend l’art d’être planté et de croître. Je médite la leçon des maîtres : germination secrète, collaboration butinante, stratégies d’expansion (rhizomes, drageons, marcottes), morts provisoires, résurrections soudaines et violentes, éclats de couleur, de senteurs, de formes. J’en sors groggy.
À genoux dans les plates-bandes d’amarantes ou de myosotis, que ne puis-je tomber plus bas ? La terre noire et molle berce de rire mes chutes impromptues. Je n’ai plus peur du ridicule. Les merles eux-mêmes ne sont pas moqueurs en ces choses. Ils respectent trop l’humble faiblesse des malheureux.
Ah vous tous mes amis, abeilles, frelons, guêpes, bourdons, merles, rougequeues, piafs, mésanges, vos envols insolents virevoltent la joie nouvelle de mes jours alités.