Résonance

Le sociologue allemand Hartmut Rosa propose au centre de son analyse le processus de « stabilisation dynamique »1Voir Hartmut ROSA, Résonance. Une sociologie de la relation au monde, (trad. de l’allemand par Sacha ZILBERFARB et Sarah RAQUILLET), PARIS, La Découverte, 2018. Récension ICI.. Il comprend le projet moderne, tant social qu’économique, comme un équilibre paradoxal par une croissance à l’infini : toujours plus pour demeurer stable, le repos dans le mouvement exponentiel.

 

La SEP ressemble aussi à une stabilisation dynamique, mais à rebours. Ici l’équilibre est obtenu par une décroissance à l’infini. De régressions en régressions, l’existence descend l’escalier de l’existence. Ainsi le sépien en dégringolade voit s’éloigner ses amis et connaissances en pleine ascension. Désormais ils sont si loin, si occupés. Quand ils se désolent du manque de temps, nous aimerions leur en prêter, mais comment faire ? Comme ils se voient toujours en retard, nous sommes sans cesse en avance. Au final, il disparaissent dans un monde claquemuré et obsessionnel, miroir de leurs désirs. Nous, nous éclatons, éprouvant un monde adventice qui déboule, s’impose et, pour le dire avec les mots de Rosa, « résonne ».

 

La maladie et son langage éprouvent à la moelle, foulent aux pieds, concassent. De ce passage au pressoir résulte une chair en forme de boîte à écho, en résonance, ce qui se traduit « catéchèse » en grec. La SEP catéchise. Elle jette des questions sur nos réponses, relance le jeu des incertitudes, déplace, bouleverse. Elle oblige à l’écoute et son corollaire, la responsabilité. Comme le roi Salomon que cite Rosa, de cet écrasement peut naître un humain transformé, opéré à cœur ouvert, un cœur transplanté, « un cœur qui écoute »2Cf. 1R 3, 9, repris dans Hartmut ROSA, Pourquoi la démocratie a besoin de la religion. Á propos d’une relation de résonance particulière, (trad. de l’allemand par Isis von PLATO), (coll. « Sciences humaines et sociales »), PARIS, La Découverte, 2023, p. 17..

 

Ce qui s’entend dans ce silence contraint, la Bible l’appelle sagesse.

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