Laurence Devillairs analyse l’anatomie du désir de Blaise Pascal avec le joli mot de « dépit »1« Cet état est pire que le désespoir, qui est résignation ; il est la conjonction de dépit et de désir, le dépit d’un désir sans cesse relancé et déçu.» Laurence DEVILLAIRS, Philosophie de Pascal: Le principe d’inquiétude (p. 185). Humensis, Édition du Kindle.. La volonté veut un bonheur qu’elle ne peut pas (plus) retenir. Pour oublier cette étrange situation, cette « contrariété »2Voir par exemple ICI., elle se donne en artefact substitutif une multitude d’objets (la gloire, le devoir, la jouissance, la beauté, etc.), mais aucun ne la satisfait. Elle se dissipe ainsi en forces de frottement qui l’échauffent. Au cœur de nos sociétés en ébullition, on entend les grincements d’une machinerie hirsute et mal huilée, qui bringuebale et tourne à vide.
Autrefois, pour évoquer cette trouble vérité, les poètes chantaient les fleurs et les amours passagères. Tout fleurit et se fane, se fait et se défait, sauf à inverser le principe entropique, ce qui semble hors de propos.
Avec SEP, ce dépit pulsionnel porte un nom gravé sur ma carte Vitale. Il a une histoire bien documentée, une reconnaissance sociale et une visibilité sur IRM. Il s’hypostasie. Privilège précieux, j’externalise mon drame intérieur. Sortant de moi, il me découvre pur, intact et innocent. Me voici absous, armé d’une volonté calibrée et très libérée.
Cependant, ne soyons pas dupe. Cette vision ressemble à une fantasmagorie, une de plus. Mais sa forme, disons subtile et au second degré, la protège des réfutations immédiates. Elle permettra de traverser la journée en paix.
Demain ? on verra bien.