Diogène

Quand je marche dans la rue, avec ma canne et mes lenteurs, il me faut regarder précisément chaque chose, le moindre détail, y compris les gens. Je dois confesser comme il me rassure alors de les voir pressés ou occupés, sérieux ou divertis. Il me plaît de les croiser ainsi que je vais, très mécanique et en représentation, mannequin poudré, artefact dissout par l’amour-propre1Je glose de loin Laurence DEVILLAIRS, Philosophie de Pascal: Le principe d’inquiétude (p. 209). Humensis, Édition du Kindle., autrement dit si peu humain.

 

Car s’ils avaient l’air humains, faibles, vulnérables, perdus, il me faudrait les prendre en pitié comme ils le feraient de moi. Alors nous nous serrerions dans les bras. Après fortes caresses autour d’immenses feux crépitants, nous aurions échangé mille excuses et promesses éplorées d’amitiés éternelles. Imaginez l’embarras, l’étrange impudicité de la scène !

 

Heureusement, le monde est bien fait. Nous avons encore du savoir-vivre. Nous nous croisons sans rien laisser paraître, avec une indifférence de bon aloi. Chacun rentre ensuite chez soi, dans la solitude de son humble foyer, se croyant peut-être le plus malheureux des hommes.

 

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