La vérité qui fait mal

Dans l’idéal, vérité et charité s’embrassent. Parfois, ce n’est pas le cas. Alors, certains choisissent la charité au prix même du mensonge, ce sont les saints. D’autres choisissent la vérité pure et saillante, même si elle fait mal. On les appelle les prophètes, êtres sans douceur.

 

Depuis tout petit, j’appartiens plutôt à la seconde branche de l’alternative. De cette engeance orgueilleuse, j’assume les tourments et la bêtise. C’est pourquoi je conçois d’instinct la maladie avec une joie, comme l’affirmation véridique du second principe de la thermodynamique, ou principe entropique. Celui-ci décrit un univers fini et une flèche du temps irréversiblement orientée. Autrement dit, nous allons mourir, puisque toute organisation se défait selon un certain sens. Cette vérité me comble, non seulement du fait de la savoir et de la comprendre, mais aussi de la vivre et de l’exprimer, à mon corps défendant.

 

Reste parfois le goût amer du prix à payer. En particulier ceci : devenir immobile, se dissoudre avec asymptote vers le froid parfait, celui du dernier enfer de Dante, s’éloigner de tout, ne plus pouvoir aider, parler, aimer. Autrefois, naïf et discipliné, je croyais qu’il fallait aimer pour être sauvé. J’apprends qu’il faudrait d’abord être sauvé pour pouvoir aimer, aimer vraiment, c’est-à-dire aimer toujours. Car l’amour à mon échelle et fabrication n’a pas plus de valeur et durée que les dispersions intransitives qui m’entourent, me submergent et m’emportent.

 

Ainsi, jusqu’au bout de mon existence lasse, SEP mon amour©, ronce marcottée dans mes nerfs irrités, tu m’arraches avec douleur aux illusions communes. Il n’y aura de salut qu’en l’Autre mystérieux et inconnu, ouvert en soi à corps éperdu.

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