Choix cornélien : lire le prix Goncourt ou relire Ubik de Philip Dick ?
Un grand professeur nous indiquait que nous n’aurions pas le temps de lire les bons livres, pas plus, hélas, les très bons. Il ne fallait donc lire que les excellents. Dont acte. Mais qu’est-ce qu’un excellent livre ?
La SEP m’indique l’évidence de ce temps court. Il faut s’organiser à mesure et en finir avec l’angoisse borgésienne de la bibliothèque monstrueuse grâce à une ascèse par le vide, peut-être jusqu’à une relecture continue et quasi circulaire. Pour ma part cela serait quoi mis à part la Bible ? Le Château ? Mort à Crédit ? Une saison en enfer ? Vingt ans Après ? L’Odyssée ?
J’ai obéi au vieux professeur. Je n’ai pas lu le Goncourt, qui doit être un très bon livre, mais j’ai relu Ubik, pour son chapitre 13 (même effet sur moi que le dernier chapitre de L’œuvre au Noir) et pour l’épilogue incroyable, qui « n’était que le début. » J’ai pensé cette fois qu’Ubik cachait le livre lui-même. Nouvelle hypothèse, en attendant la suivante.
Quoi qu’il en soit, j’eus encore par la lecture cette sensation violente d’une superposition des états. Avec Joe Chip et ses collègues, j’ai traversé un monde évanescent en étant vivant et mort. À l’instar du chat de Schrödinger, chaque lecture ressemble à une mesure, l’arrivée à Ithaque, patrie du repos positiviste et de la décohérence quantique. Toutefois, le livre reposé, sorti dans la rue avec ma canne, « perdu dans la foule obscure »1cf. Pierre-Augustin BEAUMARCHAIS, Le mariage de figaro, acte V, scène III., ma condition sépienne travaille comme le retour d’une fonction d’onde existentielle qui impose sa vérité probabiliste et l’angoisse connexe : suis-je vivant, suis-je déjà mort, ou en demie-vie ?
Vite, une pulvérisation d’Ubik en spray !