La maladie assigne à résidence. Soumis à confinement, l’esprit emprisonné voyage en lui-même. Cette errance soudaine attire la pensée loin du confort. Elle s’harmonise à l’inespéré selon un processus placé au cœur de l’expérience biblique : l’exode.
En effet, dans la Torah, le peuple d’Israël naît au désert, espace par lequel les fugitifs d’Égypte sortent de l’esclavage (le même tyrannique, la mort insignifiante, le travail aliénant, etc.) et se dirigent vers la terre de la liberté (la joie de l’autre, la vie partagée, la prodigalité gratuite, etc.). Cette entrée grandiose n’est jamais immédiate et définitive. Elle suppose une épreuve créatrice, la traversée malhabile d’un désert effrayant, avec son lot d’échec, doute, colère, perte, combat, loi, mort.
Cette disposition spirituelle n’est donc pas un itinéraire transitif vers un point fixe, une « métaphysique de l’exode » pour désigner Dieu au-delà de l’être, par delà tout discours. Il s’agit d’abord d’une méthode didactique, simple et concrète. Celle-ci pose l’errance contrainte comme outil de libération. En se perdant, l’esprit trouve ce qu’il n’aurait pu découvrir par soi-même. Il reçoit ce qui lui est donné.
Avec SEP, cet exode de la pensée se diffracte en multiples niveaux connectés et interdépendants : exode des sensations, des rencontres, des possibles, mais aussi exode de la lecture et errance des interprétations, sans cesse à reprendre, confronter, disputer. La divagation que raconte la Torah est tout autant divagation des lecteurs de la Torah. La patrie céleste s’ouvre aux seuls nomades.
La maladie juge et assigne à résidence. Soumis à un confinement implacable, je ne bouge plus, ou presque plus. Un voyage insolent, malhabile et excentrique s’engage, l’exode intérieur.