Echec

L’échec terrifie nos sociétés modernes. Elles ont bâti leur pérennité rhétorique sur la nécessité de réussir, produire, avancer, encore et encore, ad libitum, ad infinitum, ad nauseam.

 

À chaque problème, une solution.

 

La SEP place au cœur du bel édifice de cristal un éléphant bien lourd appelé échec, truc incurable, impossibilité. De fait, un remuement de sourcil du gros animal et tout vacille. Aux douces illusions succède la certitude froide de ce qui vient, et qui ne fait pas plaisir.

 

Si l’échec est là, patent, il faut tisser avec lui cette existence nouvelle, faible et flétrie. Sa monstruosité est inscrite au fer rouge dans ma moelle démyélisée. Son rire énorme rappelle une condition tout à la fois dérisoire, miraculeuse, insane et précaire. Ainsi humilié, que ne puis-je prétendre d’autre qu’embrasser les apparences et me soumettre avec raison ?

 

Cette soumission n’est pas religieuse. Je ne m’agenouille pas devant le Dieu Très-haut. Je ne Le remercie pas pour ces « souffrances rédemptrices ». Du reste, il est préférable que je ne Le rencontre pas tout de suite et Lui dise ce que je pense de ces choses. Cela vaut à l’identique pour ses séides lourds et bavards. Non, ma soumission est pratique, décidée, libre, rationnelle, efficace, voire présomptueuse. Par le menu, elle cherche à subsumer l’échec ici-bas en réussite inespérée dans l’ordre supérieur.

 

Concrètement, voici le plan. J’attends au ras du sol et je m’accrocherai à celui qui jaillit d’encore plus bas, des enfers, pour remonter aux cieux, telle une montgolfière. Je lui crierai en l’espèce :

Hé, ici il y a quelque chose à sauver. Prends moi avec toi !

La faille sera dépassée. Il fallait y passer. La vie est passage et je n’ai que ce passage, un ciel ouvert et traversé dans la nacelle multicolore du petit rabbouni de Galilée.

 

1 réflexion sur “Echec”

  1. Après avoir lâché tout le lest qui empêcherait l’ascension, s’ élever dans la lumière de Celui qui dirige la montgolfière, et devenir un ange…
    Peut-être l’enfant du verger aura-t-il effectué ainsi le passage du camp au ciel (cf Le Verger, G.-O Chateaureynaud, 1990).

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