Chimère

Que dire après Pascal ? Pourquoi en rajouter ? Pour ma part, j’en resterai là. Si l’homme est une « chimère »1cf. Blaise PASCAL, Pensées, ICI), un composé abscons de forces contraires, son chaos exprime une nature particulière, qui se déploie proprement « dans l’impossibilité d’être et d’exister »2(« Selon les principes traditionnels de la philosophie, l’homme est à strictement parler dans l’impossibilité d’être et d’exister », Laurence DEVILLAIRS, Philosophie de Pascal: Le principe d’inquiétude, p. 271. Humensis. Édition du Kindle.. Vivre consiste à disparaître. Se connaître revient à se perdre. Voyez, j’ouvre le robinet de mon âme. Elle coule. Je tends les mains pour la saisir. Idiot ! Que ne puis-je retenir son flot éperdu ?

 

Voilà donc ce que dit la SEP à mon âme inquiète, ou ce qu’elle fait apparaître, selon son mode, à sa manière propre, maladroite et déroutante. On pourrait autant parler d’une longue cure de désintoxication, une lente descente après les anciennes ivresses dans les hauts lieux du Cogito exalté. En bas, c’est la plaine infinie, la marche maladroite et les devoirs. Cela décante à l’encan. Difficile d’assurer le jugement et de dépasser les ambiguïtés. Tout y semble vrai et faux, incertain, inaccessible.

 

Le sépien se découvre Arlequin, construit de mille motifs, inlassablement cousus et décousus par des mains habiles et étrangères. Cette matière en patchwork, c’est lui, c’est ça et pas ça, mais jamais à moitié égale, ou selon une proportion bien claire, sans se tenir un instant dans des frontières rassurantes. Le modèle vient sans doute d’ailleurs, mais où ? En tout cas, il n’est déjà plus là, parce que là, il n’y a rien de sérieux, que le vent des pompes à vide et l’éolienne des vanités.

 

Bien sûr, demeure la nostalgie : suffisamment de grandeur pour envisager plus grand et suffisamment de petitesse pour le savoir inaccessible. Au lieu désolé de la chimère impossible se tissent et se dévorent, dans un espace et un temps, la vie et la mort, le bonheur et le malheur, le néant et l’absolu. Ce théâtre de la cruauté se joue sans vergogne, par besoin de corps et de figuration. Il nous laisse pantois et interdits, timides et tremblants.

 

Vaincu tout à fait, le nez dans la tourbe, je perds pied et renonce aux images. J’en sors anéanti et peut-être déjà vainqueur.

1 réflexion sur “Chimère”

  1. Et pendant ce temps, dépouillés de leurs paletots de fête foraine, les « shadoks pompaient, pompaient »‘, pompaient encore….

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