Dieu, le soleil, la mort ni la SEP ne se peuvent regarder fixement1Cf. François de LA ROCHEFOUCAULD, Maximes, XXVI : « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. »Voir ICI.. À croire que ces éléments en apparence disparates ressortent d’une même nature, noble et inaccessible.
Alors, on feinte. On examine le reflet ou les ombres portées, on inspecte les traces du passage, on médite les témoignages pour prétendre que oui, voilà, c’est cela. Mais, en fait, rien ne le prouve.
Je discours depuis 150 billets de blog sur une maladie qui me traverse et dont, au fond, j’ignore tout, m’ignorant à mesure. Le bilan de ce psautier improvisé se révèle bien pauvre : ni un carnet de route d’explorateur audacieux, ni une analyse très précise, ni une chronique pour la postérité. Aposté dans un entre-deux vague, je devrais peut-être me satisfaire d’une sorte de théologie négative. Dire SEP en décrivant ce que je ne suis plus depuis elle, la décrire analogiquement par la considération de ce qu’elle empêche, interdit ou retire. Et avancer ainsi, tâtonnant du connu vers l’inconnu, par le retrait et l’absence.
Ce matin, au creux du lit, je contemple le paysage de ma vie depuis dix années. Etonné, je me demande : que s’est-il passé ? Je tourne et retourne, seul, le nez aux nuages et je me découvre accomplir malgré moi le grand projet de l’amour. Ne plus exister pour soi, vivre pour et par un autre. Le constat m’enrage. Cet amour-là n’était pas attendu, et pourtant il ressort bien de l’absolu et du sublime. Pourquoi me plaindre ? Quelle folie de vouloir choisir son coup de foudre !
SEP, tu seras donc ad æternam ma grande passion tant tes baisers hétéronomes ont pulvérisé mon désir d’existence. Sous le fatras des éclats, j’entrevois par l’interstice comme une ténèbre lumineuse qui, au moins pire, se dit avec le mot « mystère ». Que ne puis-je empêcher ce qui advient ? Derrière moi, sur la plaine, je sais les dépouilles piteuses des combats inutiles. Désormais, je laisserai advenir ce silence d’un ordre nouveau, abyssal et effrayant. Comme il m’envahit, grandira une joie inouïe, rude, violente, évidente, aliénante, qui ne se décrit pas en langage d’homme.
Ah, douce maladie, la fin de notre amour chaotique sera totale, mutique et iconoclaste, sans mot et sans image.