Le SEP blues consiste d’abord en cette propension induite à de multiples et répétées « promenades dans le bleu »1 Guy de MAUPASSANT, Fort comme la mort, dans Œuvres complètes, p. 1142, Édition du Kindle..
Bleu du ciel, bleu des rêves oublieux du monde.
La réalité acide de la maladie offre l’oubli et l’idéal, un oubli réel, un idéal réaliste. Que faire d’autre lors de ses longues séances lasses, affalé sur le lit, ou durant ces nuits d’insomnie, à attendre que le temps passe, ainsi qu’on patiente au passage à niveau, barrière baissée ? Le songe comme la lecture sont des activités solitaires et asociales. Elles isolent et inspirent au badaud un respect sacré. On ne dérange pas le lecteur, non plus le rêveur ou l’orant des vieilles religions. À pas feutrés, gêné, on craint par le bruit ou le mouvement de percer la bulle délicate, de déranger et de faire s’envoler le papillon.
Ce bleu n’a pas la transparence diaphane et vague des illusions prédatrices. Au contraire, dans sa moelle, j’y retrouve le mouvement sensible et sévère des monochromes de Klein2 Voir ICI.. Sa mise en présence virile empêche la fuite dans la pure contemplation. S’il fait signe vers l’irréel inaccessible, il inspire un retour vers l’existence contrainte par l’épreuve. Surtout, il oblige consentement à la gravité d’une vie simple et douloureuse.
Le blues cosmique de la SEP voyage sous d’autres modes, par d’autres mondes et résonne dans les corps meurtris. Sa mélodie compliquée chante en moi la très ancienne mélancolie des béatitudes3Cf. Mt 5, 1-12..
Si l ‘on dit « blues », si l’on dit « bleu »… Tout est dit, rien à ajouter, le reste n’est que variations – à moins d’y associer l’outre-noir… et d’y oser une touche de blanc.
Dans un autre registre, divaguer du côté de la ligne angélique – ce n’est pas très loin, c’est même ici, l’horizon, à portée d’oreille ( https://www.youtube.com/watch?v=ynbAW6IgWoM ; malgré une qualité de captation assez décevante, tout est dans la ferveur musicale, même pour une morceau mineur, dès qu’il s’agit de ces anges-là.)