Loin des fragments, des successions et des errances, la maladie fige, rassemble et unifie. Elle est symbolique à la folie. Pourquoi, dès lors, lui imputer un quelconque projet diabolique ?
Par ce fait unificateur à l’excès, une poétique sépienne doit renoncer au projet romantique, celui de réunir par la vision vagabonde les éclats d’un paradis perdu. En nous, la concentration devient si intense que le corps malade acquiert un poids immense, une lourdeur à trouer le sol et à modifier l’espace-temps. Entrant dans nos chambres, les visiteurs pressés sentent et redoutent cette temporalité nouvelle, lente et serrée. Ils craignent à juste titre d’y rester prisonniers, absorbés sine die par sa singularité dévorante.
C’est pourquoi, comme SEP intensifie, elle chauffe aussi. Lentement, nos existences bouillonnent, fondent et se liquéfient. Sous d’apparentes langueurs, nous devenons des volcans immobiles aux magmas surchauffés, emprisonnés par une carapace invincible, et traversés par d’irrésistibles forces de convection. Ainsi contrainte, l’âme en fusion se cristallise en toutes formes de pierres précieuses : jaspe, saphir, calcédoine, émeraude, sardoine, etc. La liste est connue1 Cf. Ap 21, 19-20.. Cette métamorphose minérale diffracte d’étranges rayons intra-lucides. En nous, brillent des lumières secrètes, cachées sous la lumière du monde, rayonnements d’avant les soleils, forces vives des aubes obscures, des ténèbres créatrices et des surgissements originels.
Il faudrait bien nous regarder pour voir tout cela et percevoir le bruit de joaillerie dans nos paroles illuminées. Mais ils nous fuient.