La maladie chronique, dégénérative et incurable, apprend une chose. Se soigner consiste à travailler chaque jour à perdre le moins possible ou le plus lentement. Mais le combat est d’ores et déjà perdu.
Cet art de la retraite ordonnée et active, de la défaite dans l’espérance d’une autre victoire, plus subtile, a une dimension politique. Elle confirme par le menu l’exposé implacable de Simone Weil contre l’idée adolescente de révolution, de tabula rasa, ou de grands soirs qui chantent.
Le sépien progressiste est réformiste. Il gère la crise, recherche le moins mal, roule au témoin d’usure et se réjouit quand le pire est évité, ne serait-ce qu’un instant. Déniaisé des grands idéaux régressifs et pervers, il envisage la perte sans dégoût ni révolte. Il glisse comme autrefois sur les luges de l’enfance, et slalome avec grâce. Comment résister à la pente ?
Les idéalistes lui crient des propos insensés. Il en sourit. Il sait que tous se retrouveront en bas, à peu près au même moment, les uns tranquilles, les autres délirants. Loin des andouilles qui tapissent l’enfer de bonnes intentions, cette douce descente aux enfers ne serait-elle pas l’antichambre spirituelle d’un paradis impromptu ?
Une vie réussie, en quelque sorte.