Radicalisation

Raymond Guérin décrit comme il le peut (cf. Écrire la maladie) l’extrême processus d’incarnation que provoque en lui sa maladie. Proprement, il devient un corps douloureux, ce qui obère à mesure ses autres facultés : imagination, langage, réflexion, etc. De là sans doute cette capacité soudaine, simple et très instinctive, à la compassion pour tout autre être souffrant. D’où sa remarque :

La franc-maçonnerie de la souffrance physique n’est pas un mythe.1Raymond GUÉRIN, Le Pus de la Plaie, Galaxy Books, French Edition, p. 34. Édition du Kindle.

Cette transformation a sa contrepartie : une quasi indifférence aux autres événements. Comme si l’existence ancienne, équanime et sereine, car peu épaisse, s’était soudain réduite, hérissée et « polarisée aux extrêmes ».

 

Le patient déserte la Gironde. Il devient radical et sans nuance. Maintenant c’est tout ou rien, à l’image de son état très immédiat et tout intérieur qui exprime le combat absolu et sans intermède engagé entre la vie et la mort. Or, ce qui en va de l’altérité vaut tout autant pour le temps ou pour l’espace. Demain est au-delà de ses forces, de même ce qui se trame derrière la porte de la chambre. Hic et nunc, le reste s’est dissipé lors de l’exil douloureux que décrit Baudelaire :

Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d’eux […]

« Loin d’eux », si loin désormais, comme si le monde n’était déjà plus qu’un pays étrange et lointain. Terré par nécessité dans une peine ermitage, le poète peut conclure avec ses mots en pluie de cendres :

Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,

Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.2Charles BAUDELAIRE, « Recueillement », dans Les Fleurs du Mal, 1868; Voir ICI.

Depuis toujours, le peuple tendre des malheureux et des malades marche sans bruit, fantômes nocturnes sous les plus ardents soleils.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut