Avec SEP l’espoir est mort, vive l’espérance. Ce que je dis est brutal et banal, veuillez m’en excuser. Mais le brutal et le banal ne sont pas des idées faciles à saisir.
L’espoir est mort quand la maladie l’a déposé au loin, dans le cimetière aux illusions. Désormais, l’existence devient limpide. Je vis comme je respire. Chaque seconde j’inspire et j’expire, je remplis et je vide, je reçois et je rends. Chacune de ces pulsations exprime la globalité de notre trajectoire humaine : On apparaît, on reçoit, puis on donne et on disparaît. Cette trajectoire se projette sur le plan telle une courbe de Gauss. Or, depuis le diagnostic, je suis sur la pente descendante. Je décade et glisse vers la disparition. Ainsi, la question devient : comment continuer à vivre sans les espoirs de progrès et du « Cela ira mieux demain » ?
Au moins cette expérience du réel me libère-t-elle de la colère pathogène et du conspirationnisme ambiant. Aucune force obscure ne conspire contre mes aspirations adolescentes au bonheur infini et au confort universel. Il en va seulement de la forme entropique du monde tel qu’il existe depuis sa fondation. De plus, je découvre que ce qui est vrai de nos existences l’est aussi des constructions humaines, Nations, Idées, Systèmes, Religions, etc. Mais ceci est un autre débat.
Le seul événement qui surprend et arrache à cette fatalité s’appelle l’espérance. Celle-ci n’est pas dicible en mots habitués. Elle vient de l’avenir, se tisse d’éternité passagère, libre et indisponible. Elle se déploie avec la fragilité des pétales de roses, joue comme les enfants. L’espérance survient comme un moineau sur un fil électrique, là et déjà envolée. Elle n’a pas de raison et déteste les raisons. Elle parle toutes les langues, n’aime pas les chapelles ténébreuses et les clercs à pompons. Sa joie simple se moque des philosophes à grosses moustaches. L’espérance vit là où l’espoir qui se gonflait d’espérance s’est dégonflé en sifflant.
Tels les jeux mathématiques et les poèmes appris à l’école primaire, l’espérance chante dans les prisons les pires (lits des douleurs, salles d’attente de CHU), car elle habite dans les profondeurs cachées de l’âme invincible.