Inachèvement

La SEP ôtant quasiment toute fausse espérance, me voici soudain à la fois bien triste et très joyeux. Cette joie résiduelle et non produite n’a plus rien des exubérances d’autrefois, si fabulatrices. Elle rend caduque les appétits de diversion, magnifiques en apparence. De ce fait, elle se répand sur le désastre et la déception comme la rosée des matins d’enfance. Elle semblait attendre ce vide, le voici. Je diminue, mais ne meurs pas. Pour nous, la mort et donc la vie sont devenues autre chose, une ouverture vers l’autre inaccessible qui seul sauve des douleurs, lent exode vers la faiblesse et découverte connexe de facultés enfouies, brusquement activées. Avec le reflux des eaux et des graisses, s’ouvre un consentement, même involontaire, à cet inachèvement fondateur.

 

Retenons ce syntagme, si rayonnant désormais à chaque instant de mon existence famélique : inachèvement fondateur. Pour le transcrire avec des mots savants qui rassurent, la SEP inscrirait sur mon front la marque de la néoténie. Celle-ci expliquerait, en creux, nos risibles errements par son refus même.

 

Car ce refus gourmé et grandiloquent (le projet du plein, parfait, repus, stable, confortable, signifiant) peut expliquer ce goût délirant pour le rythme qui propulse l’Occident depuis les Grands Systèmes autocentrés. Entendez tout ensemble, à main gauche le progrès permanent (toujours plus dans le même, ou un devenir sans altérité), et, à main droite, un nihilisme paresseux, sans grâce, à tendance égotique et universaliste (être Tout et l’imposer au monde).

 

Lorsque cette rythmique confondante éclate par la maladie, nos anciens paradis de façade, œuvres chimériques des remords refoulés, perdent d’un coup leur magique illusion. On ne voit plus que le trucage ridicule et les entourloupes assénées depuis l’enfance. Restent dès lors quelques latences à accepter et le jeu des devoirs à empoigner.

 

Me voici donc bien bête, périphérique et tout nu. Sans fard ni mots bien sentis, je ne chanterai plus à l’unisson la mélodie des sociétés avancées. Comme m’étreint cette nuit sauvage, je disparais dans l’insignifiance des lourds silences. Au dépôt d’un vide infini, traversé d’énergies neuves, l’espace secret, ainsi reconquis, m’entraine à corps perdu dans sa danse immortelle.

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