Dématérialisé

Par nature, SEP opère en moi une dématérialisation. Ou plutôt, soyons précis, elle chamboule ma représentation de la matière.

 

Je savais déjà, par mes études adolescentes, que la physique avait déconstruit le concept de « matière » et démonétisé à sa base les philosophies dites « matérialistes ». J’eus plus tard bien du mal à engager cette discussion avec les camarades philosophes, enfermés dans leur citadelle « littéraire ». Il est vrai qu’une équation vaut mille métaphores. Car s’ils parlaient toutes les langues de la terre, vivantes et anciennes, ils ignoraient la langue mathématique. D’où les quiproquos continuels, un vaudeville à la Feydeau !

 

Depuis, avec la maladie, la distance n’a fait que s’accroître. Certains jours, la douleur lancinante provoque un état hypnotique et curieux, une sorte de détachement sensible et vibratoire. La partie corporelle qui souffre s’éloigne dans l’arrière-boutique. Étonné, j’observe ses gesticulations d’un empyrée insoucieux, asocial et soudain réfractaire à tous les projets modernes. Je m’angélise, comme autrefois le patriarche Hénoch devenu Métatron, transgenre antédiluvien en transition humano-divine1Voir Charles MOPSIK, Le Livre hébreu d’Hénoch ou Livre des Palais, (coll. « Les Dix Paroles »), Paris, Verdier, 1989.. Serais-je comme Hénoch le juste, compagnon de marche du divin, rapté par son ami du ciel2Cf. Gn 5, 23-24.?

 

Parvenu en ces lieux tranquilles, mon esprit s’emplit de visions délicates, lumineuses et très véridiques. Me voici double, étiré, à la fois là et ici, en haut et en bas, réduit au point et dilaté à l’extrême, insoucieux, triste et joyeux. Désormais, mon existence se décrit plutôt avec les équations étranges des champs quantiques.

 

Alors, que leur dire pour qu’ils comprennent la beauté de cette diffraction polychrome tant, au creux de soi, l’âme-vitrail projette sur l’existence pâle et grise de si jolis reflets…

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