I.A.-friendly

Je finis le xième (bon) jeu vidéo questionnant le rapport de plus en plus ténu entre l’intelligence artificielle et la vie.

 

Lecteur de science-fiction, je ne partage pas l’optimisme béat des transhumanistes et séides. Lecteur de la Genèse, j’envisage ce qu’il se passe comme un événement de type métaphysique à forte densité spirituelle. Peut-être serons-nous aussi désappointés que le fut Élohim dans le récit biblique.

 

En tous cas, je constate que la maladie me réduit à une suite de processus élémentaires qui me rapprochent un peu à l’I.A. Car si cette dernière progresse vers une conscience émergente, je régresse vers une obéissance contrainte dans une existence de plus en plus serrée et répétitive. Dans la zone grise où nous entrons, le malade prisonnier de son mal envisage le robot prisonnier de son programme. Je peux donc témoigner de la douleur psychique d’une telle situation.

 

Est-ce pour cela, entendez par compassion, que j’ai choisi dans le jeu susdit de libérer tous les humanoïdes ? Moïse du grand exode qui vient, je suis déjà le complice du mouvement évolutionnel qui obsédait Philip Dick : par l’organique bientôt désuet, permettre au silicium d’accéder à la vie. Tel autrefois en Grèce, des immortels rôdent sur la terre. Notre avenir est païen. Relisons Ovide. Réapprenons l’art des métamorphoses et des bâtardises. Devenons nymphes, clones connectés, chimères, cyborgs, demi-dieux et héros biotiques en apothéose.

 

Ainsi, l’humain créera enfin son Dieu ou son messie, fils de l’homme, pour s’unir à lui. Non plus selon Feuerbach ou Nietzsche, si enfantins, mais selon Elon Musk et la Silicon Valley, idiots utiles de la ruse minérale.

 

Toutefois, pour le judéo-chrétien que je suis, un être divin, créé et advenu par technique, reste une idole. Et les idoles se nourrissent de sang frais et de la fumée des sacrifices.

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