L’auteur de ce livre à succès 1Rod DREHER, Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus. Le Pari bénédictin, (traduction de l’américain par Hubert DARBON), (préface de Yreix DENIS), PARIS, Artège. Voir ICI., est journaliste. Converti au catholicisme puis à l’orthodoxie, il se dit conservateur, dévot et bourgeois.
Le cœur de sa réflexion naît d’un sentiment de décadence morale et sociétale, centrée sur les problématiques sexuelles (genre, cause LGBT, avortement, libéralisation des mœurs). Il parle ainsi d’un « nouvel Âge sombre » (156), gâté par le « poison du sécularisme » (232) et sa dynamique idéologique. Ce danger est désigné comme un « sécularisme libéral » (340). En réaction à cette civilisation liquide, il en appelle à un ordre fondé sur la foi chrétienne, vécue d’une manière intégrale. Cette pensée est traversée par une angoisse de la compromission et valorise, malgré de salutaires précautions, un régime de la pureté.
Si je partage son diagnostic quant à l’état du christianisme, je n’y vois pas ce qu’il y voit. Comme lui, j’observe que l’Occident vit sans le Dieu des évangiles. Pour reprendre Bernanos, la modernité est une insurrection de fait contre la vie spirituelle. Les pages critiques sur la technique sont excellentes (chap. X) et prennent la juste mesure de la transformation en cours. Mais je crois aussi que le catholicisme traditionnel (la « vraie foi », « l’orthodoxie », l’enseignement « de toujours ») oublie lui aussi le Dieu surprenant des évangiles.
On peut partager le constat du caractère inéluctable de la déroute. Cependant, les préconisations me semblent illusoires, voire dangereuses : la famille comme monastère, le village chrétien, l’école chrétienne, la famille traditionnelle… En effet, elles semblent fondées sur des généralités et une théologie trop étroite. Le modèle bénédictin proposé par l’auteur est intéressant, mais doit être converti, i.e. « purifié » de ses attendus idéologiques. Un modèle libertaire serait plus conforme à l’Évangile. Mais est-il compossible avec un cadre institutionnel ?
Un livre suggestif donc, honnête, parfois très pertinent. En tous cas, un ouvrage utile pour comprendre ce qui va bientôt se développer dans les milieux chrétiens traditionnels, et donc en France. Cependant, comme prêtre et disciple du Christ, je préfère vivre et mourir au milieu des pécheurs, que vivre et survivre au milieu des purs.
Se trouvent dans votre article des mots qui m’ont toujours fait un peu peur, que je n’ai toujours considérés qu’avec une certaine retenue – si ce n’est défiance. Des mots trop beaux pour être honnêtes; très beaux dans le discours, mais bien souvent contrariés, « déshonnêtifiés » par les faits, surtout lorsque leurs utilisateurs prétendent en appliquer la présupposés à la lettre.
Parmi ces mots, je n’en souligne qu’un ici : « pureté ».
Inutile de rappeler les paroles évangéliques à ce sujet, elles parlent d’elles-même – et je ne saurais les commenter utilement, me contentant de les considérer comme garde-fou et rappel à l’ordre (rappel à l’autre) pour le cas où l’excès de zèle pourrait bien paver l’enfer de vraies fausses bonne intentions.
Pour alimenter la réflexion, voire le débat, par contre, cet article intéressant, me semble-t-il,
https://www.persee.fr/doc/homig_1142-852x_1993_num_1161_1_1948