Ce que SEP opère ressemble à ce que proposent certaines retraites spirituelles. En effet, elle pose à l’esprit, au cœur et à l’âme une question redoutable : que reste-t-il lorsque tout se dissout ?
L’intérêt de la maladie est de la poser non pas sur sept, dix ou quarante jours, format traditionnel des retraites ignatiennes, mais tous les jours, toutes les heures, voire à chaque minute. De plus, non seulement elle interroge, mais aussi elle met en scène sa pertinence. Chaque jour, chaque heure, voire chaque minute, la vie quotidienne en Sépie fait le constat de la perte irréversible. Ce qui reste est d’abord cette donnée brute, avec laquelle il est impossible de transiger.
Lors de ce curieux voyage vers le bas, je découvre mille choses à négliger, inutiles ou peu importantes. Je me désencombre. Il est également évident que le ralentissement et la nécessaire réorganisation de l’existence attisent un sentiment d’urgence. Il convient de faire certaines choses tout de suite, avant qu’il ne soit trop tard, avant que la marée de l’impuissance ait tout recouvert. Cette impulsion appelle des choix rapides et donc un discernement quasi constant.
Cependant, je crois que le plus étrange se situe ailleurs. Il consiste peut-être en ceci. À l’ombre du néant qui vient, le moindre éclat rayonne. Auprès du froid absolu, la moindre chaleur réchauffe. À mesure où tout décline se lèvent des matins minuscules, intimes et merveilleux. Ce serait donc Micromégas revisité, inversé, réincarné, dégagé de sa gangue sarcastique, de son optimisme candide et de son orgueil hautain. Un vrai conte pour tous écrit à l’ombre de la lumière ténébreuse !
Que reste-t-il ainsi d’éprouvé à l’épreuve de la grande dissolution ? Je dirais la joie alchimique de l’œuvre au noir, quand le mal nous précipite à corps perdu, malgré lui, dans la cornue incandescente des grandes transmutations. Là, au trivial sans fard, libéré des scories délirantes, je relis autrement l’intuition de Rousseau :
Otez les miracles de l’Évangile et toute la terre est aux pieds de Jésus Christ1Jean-Jacques ROUSSEAU, Troisième lettre écrite de la montagne; Voir ICI..
Ma vie dissoute s’agenouille de fait aux pieds de l’Unique qui me relève. Pour un mal-foutu en voie d’anéantissement, l’Évangile est en soi un miracle.