Malheur à moi, SEP, tu m’obliges à la vérité qui rend libre ! Vrai comme la mort, libre comme la vie, que suis-je devenu ?
Comment échapper au réel qui fait mal, si ta présence altère à ce point mes désirs de vagabondage ? Regarde ton ouvrage : dans mon jeu, plus de vérités alternatives ou d’opinions personnelles à l’emporte-pièce. Tu m’imposes une loi d’airain frappée de faits bruts, dont je ne veux pas. Et je le sais, tu ne me trahiras jamais. J’ai tellement confiance en toi que je libelle chaque seconde de mon existence en monnaie sépienne : In SEP I trust.
En conséquence, me voici exclu de ce qui advient : l’athéisme pratique, religieux ou pas, couplé au capitalisme hédoniste et à un individualisme replet et optimiste, sans contrition ni compassion. Ici, le plaisir l’emporte sur la véracité. Qui puis-je si mon être sans jouissance se défait à contre-courant, puisque condamné – malgré lui !, à une adequatio pure et exacte à la chose ?
De plus, comme tous les imbéciles, je sous-estime la bêtise. À cette dernière, je trouve toujours des excuses. Parfois, je lui invente des subtilités cachées. Ce stratagème ridicule est une grave erreur, l’indice idolâtre d’une lâcheté apeurée. Triste constat : je reste païen, demeurant obstinément de mon temps, « le cœur dur et la tripe sensible »1Georges BERNANOS, Les grands cimetières sous la lune, Paris, Plon, 138, p. 26; ICI.. C’était pourtant simple : le vrai s’achète, comme toute autre marchandise. Les riches n’ont plus honte et s’abusent eux-mêmes, s’entortillant au poteau sacré comme des serpents. En face de nous, il n’y a plus de menteurs, mais une foule de croyants. Comment lutter ?
Toutefois, douce maladie, ne juge pas trop vite cette confondante naïveté ! Mon âme est si trouble depuis toi. Tu m’effraies avec ton œil sévère et tes appels mystérieux. Que ne suis-je le prophète insuffisant d’une telle divinité qui n’aime pas la concurrence. Souvent, je le confesse, je fuis tes rudesses. Je m’imagine autrefois, pâle et heureux sur mon canapé, à l’ombre des livres, au creux des langueurs. J’en viens presqu’à oublier le grand matin, quand le neurologue angélique m’a éveillé loin de tous les sommeils dogmatiques.
SEP !
a-t-il déclaré.
Me voici !
ai-je répondu.
Depuis je cours la bonne course comme je divague, pauvre tel Job, l’amour-propre en berne. Rejeté aussi loin et si bas, j’ose affirmer mordicus que 2 et 2 font 4, et non 5 ou 6, et qu’il n’est pas idiot de défendre avec courage ce point de nature, contre les abuseurs et toutes les Amériques, pour l’honneur.