Avec SEP, malgré soi, l’affecté devient un apprenti neurologue. Même si je répugne à cette vocation tardive, je lis un peu sur le sujet, moins pour y voir clair que pour m’y perdre un peu plus.
Entre autres merveilles, la neurologie nous apprend que le cerveau, sorte d’interface entre le monde et notre existence, fabrique à cette fin du sens à tire larigot1Voir par exemple, Sébastien BOHLER, Où est le sens ?, Paris, Robert Laffont, 2020.. Là se situe son génie particulier et sa faille systémique. C’est pourquoi il préfèrera toujours une signification illusoire à son absence. D’où notre propension disons « naturelle » aux affabulations, phantasmes et autres délires. En conséquence, une pure rationalité apparaît proprement inhumaine et possiblement totalitaire. Je comprends ainsi ma préférence instinctive pour le XVIIème siècle tragique et pessimiste sur un XVIIIème par trop lumineux, quand il oublie les leçons kantiennes et se gonfle d’enflures prétentieuses.
Dès lors, le coup de génie de Donald Trump serait de déléguer à ses récipiendaires cette inévitable fabrique du sens. En fin et rusé business man (pour une fois), il délocalise l’intelligence auprès de ses interlocuteurs. Il sait d’expérience (à défaut de raison) qu’il se trouvera toujours de brillants angoissés pour découvrir un « plan secret » dans ses impulsions colériques et jaculatoires, pour se convaincre que le chaos apparent de ses colères cache un stratagème différé, ou pour inventer une dynamique au long cours quand, d’évidence, il n’ y a que simple quête de jouissance. Bref pour se rassurer en croyant habiter encore un monde commun, moderne, progressiste et rationnel.
Ainsi, malgré ces efforts désespérés et à cause d’eux, Donald persiste encore et toujours dans son être shakespearien, à savoir un narcissisme vampirique et immonde, insignifiant et disparate.
Le sépien le sait d’expérience, la conversion au réel dur et coupant comme le silex demande du temps et provoque de douloureuses entailles. Dès lors, il sourit avec tristesse aux commentaires futiles et regrette que la voix du malade ne soit pas considérée pour ce qu’elle est parfois : une parole pascale qui guérit les bien-portants, ouvrant un chemin inespéré à travers la mort des illusions.