Bien que mes horizons se soient bientôt réduits au point, ce monde étrange et merveilleux reste malgré tout suffisamment immense pour que je m’y perde mille fois. La taille ne fait rien à l’affaire, tant la géométrie de mon existence, comme accélérée et sans cesse décalée vers le rouge du mystère, ne résiste à aucune cartographie sérieuse. D’ailleurs, cette exploration avide et inquisitoriale ressemble plutôt à une fuite futile et bien désinvolte.
Finalement, au matin encore ténébreux de tous ces échecs, les perspectives se rejoignent vers un frémissement à peine entrevu. Comme un physicien quantique, j’observe le cours de ma vie sans y rien comprendre, constatant des résultats imprévisibles et en partie illogiques. Je l’ignore de fait, mais cette expérience enfin acceptée inaugure le temps irrésistible de la victoire !
D’autant que cette déroute bienheureuse submerge aussi ma vie spirituelle. Quand une étude purement intellectuelle oriente mes grands positionnements vers un nihilisme implacable, la lecture des évangiles et l’ouverture au monde par la prière imposent au cœur une réalité toute autre. Je constate alors que les choses ne sont pas conformes à mes idées. Et, trop épuisé depuis SEP pour regimber une fois encore, je consens aux choses contre les idées, à la contemplation étonnée contre la fabrique inlassable d’un monde Potemkine, vaguement conforme à mes délires erronés.
La chambre du malade semble alors à un tombeau soudain entr’ouvert, petit ermitage dans lequel, en silence et sans publicité, le fil tenu de la vie réduite au minimum relie une solitude éperdue à une éternité insondable, douce et fragile.