sklèros mon amour

Au hasard des commentaires bibliques, je trouve le mot grec sklèros (Jn 6, 60). Le jaillissement de ce terme à moi familier oblige à enquête.

 

Cet adjectif est utilisé par Jean pour caractériser la réaction des auditeurs de Jésus réunis à la synagogue de Capharnaüm après l’épisode des pains partagés. Il signifie dur, sec, rigide ou raide selon le contexte. D’où, au sens figuré, sévère, voire violent, injurieux, en cela inacceptable. De fait, cette catéchèse magnifique, parfois appelée le discours du pain de vie,  propose une ascension analogique à double foyer ascendante et descendante des plus vertigineuse (voir ICI).

 

La provocation extrême de la prétention de Jésus oblige à une décision éprouvante. Pour certains disciples, ce sera refus et départ (cf. 6, 66 ; le chiffre de la Bête !), pour d’autres remise de soi et saut absolu dans la confiance. Elle invite ainsi Pierre à une expression radicale :

« À qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (6, 68)

L’évangile consonne soudain avec ma pauvre expérience. SEP parle comme le Christ ! Depuis le sombre diagnostic, à qui irai-je ? L’échec réel et répété, comme l’incompréhension native m’exilent dans une altération véritable. Celle-ci me dégage des contingences marchandes, du flot des désirs communs et des répétitions kaléidoscopiques du moi. Cette nudité qui racle et fait mal laisse entrevoir l’indice étrange d’une existence renouvelée. Cette existence nue, mendiante et ouverte, seulement entrevue et fuyante, l’évangéliste comme Simon-Pierre, partant l’Église entière, la qualifient de « vie éternelle ».

 

Loin des discours propres et très ingambes de philosophes pompeux, étincelants des riches habits de l’érudition agrégative, il ne me reste plus rien que cela. Mais ce rien résiste à tout et me sauve du néant.

1 réflexion sur “sklèros mon amour”

  1. « une existence renouvelée » : n’ a-t-elle pas toujours été là, un arrière-fond indépendant des contingences, libéré des circonstances – mais que certaines circonstances nous amènent à considérer et accueillir lorsque tout ce qui fait voile s’étiole et tombe, que les vieilles identités construites de toutes pièces ne font plus sens ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut