Comment vivre saintement l’épreuve de la maladie ? Comment en faire quelque chose qui ait à voir avec la liberté, quand tout semble contraint ou involontaire ? Où renaître d’en-haut quand l’existence vous plonge tout en bas, dans le sang et le vouloir de chair (Cf. Jn 1, 13) ?
Justement. Cette déchéance subie serait-elle mon salut offert, ma sainteté ? D’ailleurs, ai-je d’autres choix, quand la faiblesse rend si épuisant le fait d’être, non plus de faire ceci ou cela. Car choisir est un luxe qui demande tant d’énergie !
Soudain libéré de toutes les ardeurs, pécheresses ou missionnaires, souvent faussement missionnaires, je n’ai plus la jouissance perverse du sacrifice superbe, de l’obéissance martiale ou du don total ! Ah, comme je regrette souvent cet ancien spectacle de soi en grand barnum de charité, de service de l’Église ou d’oblation quasi parfaite par sa prétendue imperfection !
Ainsi donc, fini l’heureux temps des illusions spirituelles et des justes polémiques. J’en suis réduit en-deçà, au presque rien, à la patience jusqu’à l’inutile. Et si je continue ainsi à régresser, pour finalement disparaître à toute action, que vais-je devenir si ce n’est purement ponctuel et quasi-transparent !
Dès lors, sans distinction ni épaisseur, débarrassé à corps défendant des derniers orgueils de l’humilité, c’est bien malaxé, délabré et bouilli au feu que ce qui restera de moi témoignera de quelque chose :
Une existence de prière, sans mot ni sermon ;
Un état vague qui espère d’une espérance surnaturelle ;
La pleine réalisation sacerdotale du pontife devenu insignifiant, exilé entre ce monde vespéral et l’autre qui attend.
Mon Dieu, foulé dans la boue et les étoiles, j’en ferai des jaloux !
A l’issue d’un cycle de méditations sur le thème « identifications/désindentifications », une amie me propose cette citation de Sri Ramana Maharshi :
« Le mental disparaît complètement quand seule l’attention introvertie vers le Soi demeure, et cette attention exclusivement tournée vers le Soi aboutit à l’état de parfaite unité. »
Sans doute est-il judicieux de remplacer le mot mental par un autre, plus ajusté à la tradition occidentale. Certains diraient peut-être « ego », d’autres « orgueil », d’autres encore « prétention à la maitrise ».
L’attention vers le Soi, forme possible de la prière, n’est-ce pas un mouvement pour se libérer de toutes les « ardeurs pécheresses ou missionnaires » qui font encore illusion tant qu’on les laisse nous happer de l’extérieur ? Ce mouvement peut déconcerter. Si on y consent, il se fait (presque sans effort). Mais le mental guette, rôde comme un lion rugissant, pour nous reprendre dans ses filets. Heureusement, un zeste d’humour soutient la bienveillance et la patience nécessaires. A n’en pas douter, libéré de la pesanteur et devenu transparent selon l’étrange alchimie qui le « foul(e) dans la boue et les étoiles », le saint fait des envieux, et des sceptiques, peut-être ? !