Des prêtres

Je lis la lettre apostolique du pape Léon XIV adressée aux prêtres. Très beau texte, simple et essentiel. La réforme du clergé est urgente et nécessaire. Elle ne sera pas facile.

 

Je l’ai appris à mes dépens, il est horrible de devoir jouer son propre rôle fantasmé. Jouer au prêtre, cela oblige à imaginer ce que devrait être LE prêtre. Or, ce potiche fardé n’a rien à voir avec le réel surnaturel de la vocation, si divers, pauvre et surprenant. Alors écartelé dans l’infini des reflets, la posture ressemble à une idole dont l’acteur est la victime effrayée, le spectateur ironique et le bourreau fanatique.

 

Ainsi, bien que parfaites d’apparence, certaines vocations ne sont pas ou plus cette rencontre personnelle et bouleversante avec le Christ. Que sont-elles dès lors ? L’obéissance infantile au désir possessif d’une mère ? L’instrument idéologique d’une caste ? Le travestissement d’orientations cachées et inavouables ? Un outil promotionnel ? L’armure immensément pesante de peurs invincibles ? La liste des supercheries est infinie. Elle appelle soin, vérité et miséricorde.

 

Car le danger est grave quand l’aliénation, la rancœur ou le dégoût se diffusent vers le reste du corps ecclésial. Lentement, il pourrit, gangréné par le délire autocrate d’une hiérarchie de commandement ou dans un activisme solitaire, débridé et épuisant. Le mal infusé fabrique un ministère halluciné, sclérosé et bien roide, sans charité pastorale ni goût du partage.

 

Je dois donc rendre grâce à Sep qui m’arracha à ces tentations infernales. Elle me jeta, par obéissance contrainte, dans le bain bouillonnant d’une conversion recluse. Si je pleure les amis perdus et les joies apostoliques, je dois convenir que ce chemin étrange d’ascèse et d’humilation est désormais le seul chemin, qu’il n’y en a pas d’autres. Plaqué au sol, écrasé comme le raisin de bourgogne, ce qui suinte coule rouge sur la pierre dure. Malgré moi, qui n’y comprend plus rien, j’espère que l’arbre porte fruits, et que le fruit donne son jus.

 

Reste à prier sincèrement pour les confrères, à mesure où je compatis à mes propres malheurs.

 

1 réflexion sur “Des prêtres”

  1. Je réagis à ceci :
    Peut pousser un (jeune) homme à opter pour la prêtrise « l’obéissance infantile au désir possessif d’une mère ».

    Quelle étrangeté que ce désir. Est-ce celui de pouvoir s’enorgueillir d’avoir donné un fils adoré à l’Eglise, comme un sacrifice qui sanctifie ? Ce ne serait donc pas son fils qu’elle aime, mais l’aura dont ce sacrifice l’auréole ? (Pourtant, je suppose que bien des mamans dont les enfants sont prêtres, ou moines, sont tout « simplement » heureuses de ce choix – dès lors que leur enfant lui-même le vit avec bonheur.)
    Cela me déconcerte. Il arrive sans doute aussi l’inverse, que des mères dissuadent leur fils de prendre la voie du sacerdoce, par crainte pour eux de la solitude (le célibat, conçu par elle comme solitude ?), de la privation (des biens du monde, conçues comme souverain bien ?)

    Les mères ont-elles un tel poids dans la vie des garçons qu’elles mettent au monde ?
    Dans ce cas, si devenir prêtre ne peut se faire à la légère, devenir mère non plus et mérite réflexion : existe-t-il un séminaire pour former les mamans, autre que la transmission de génération en génération, d’un savoir et d’un savoir-faire/être mère ? Peut-être convient-il de porter sur son enfant celui de Marie sur Jésus ? Exigeante et saine (sainte) simplicité.

    Je pense à un dicton italien, cité par Erri de Luca dans son ouvrage Noyau d’olive : « Une mère ne suffit pas à cent fils et cent fils ne suffisent pas à une mère ».
    Une mère suffit-elle à un prêtre ?

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