De la sainteté
Comment vivre saintement l’épreuve de la maladie ? Comment en faire quelque chose qui ait à voir avec la liberté, quand tout semble contraint ou involontaire ? Où renaître d’en-haut quand l’existence vous plonge tout en bas, dans le sang et le vouloir de chair (Cf. Jn 1, 13) ?
Justement. Cette déchéance subie serait-elle mon salut offert, ma sainteté ? D’ailleurs, ai-je d’autres choix, quand la faiblesse rend si épuisant le fait d’être, non plus de faire ceci ou cela. Car choisir est un luxe qui demande tant d’énergie !
Soudain libéré de toutes les ardeurs, pécheresses ou missionnaires, souvent faussement missionnaires, je n’ai plus la jouissance perverse du sacrifice superbe, de l’obéissance martiale ou du don total ! Ah, comme je regrette souvent cet ancien spectacle de soi en grand barnum de charité, de service de l’Église ou d’oblation quasi parfaite par sa prétendue imperfection !
Ainsi donc, fini l’heureux temps des illusions spirituelles et des justes polémiques. J’en suis réduit en-deçà, au presque rien, à la patience jusqu’à l’inutile. Et si je continue ainsi à régresser, pour finalement disparaître à toute action, que vais-je devenir si ce n’est purement ponctuel et quasi-transparent !
Dès lors, sans distinction ni épaisseur, débarrassé à corps défendant des derniers orgueils de l’humilité, c’est bien malaxé, délabré et bouilli au feu que ce qui restera de moi témoignera de quelque chose :
Une existence de prière, sans mot ni sermon ;
Un état vague qui espère d’une espérance surnaturelle ;
La pleine réalisation sacerdotale du pontife devenu insignifiant, exilé entre ce monde vespéral et l’autre qui attend.
Mon Dieu, foulé dans la boue et les étoiles, j’en ferai des jaloux !