Simplicité

Au jour de l’ordination presbytérale, je disais vouloir vivre simplement des choses simples au milieu des simples gens du diocèse. J’essayais de résumer par ces quelques mots ma spiritualité sacerdotale. Je m’inspirais librement de Pouchkine, quand il définissait ainsi son Art poétique : je veux écrire simplement des choses simples.

 

Cependant, être simple n’est pas facile. La simplicité est un apanage divin. La simplification nécessite un don spirituel qui prend du temps et nécessite de longs détours. Pour moi, le choc de simplification a eu la forme d’une maladie dégénérative, de la défaite et de l’échec.

 

Aujourd’hui, fort de ces épreuves si évangéliques, je pourrais presque prétendre au sacrifice et à l’oblation. Cela serait beau et très vendeur, mais faux. Je demeure tout autant colère, folie et ressentiment. Seulement, cette rage est plus simple et plus évidente. Surtout, la faiblesse radicale dérive ces flux impétueux vers la patience divine, c’est-à-dire les déroute loin de moi, dans une prière souvent confuse.

 

Alors, quand se distille ce fond tourbillonant venu de très-bas, du magma de la chaudière de l’âme, se vaporise parfois un souffle léger au goût de l’essentiel. Une sorte d’amour tendre et délirant, qui vous entoure comme on embrasse, puis s’en va à l’instant même, libre et malicieux. Cette éclaircie soudaine a l’apparence d’un regard ou d’un sourire. Elle porte à la fois la vérité et la justice, la joie et la paix. Elle s’accompagne aussi de figures anciennes, en particulier celles de prêtres du diocèse, désormais disparus.

 

Comme je tremble d’avoir dilapidé leur héritage, à leur souvenir apaisant, il ne reste, dès lors, qu’à fermer les yeux et guetter l’indice discret de l’aube promise.