Pour la joyeuse équipe de la Maison Tabga, lisant au ras des mots, depuis six mois, la lettre aux Galates, l’évangile de ce jour (6 TO, année A) laisse perplexe, ou interpellé.
Comment l’auteur, rédigeant son évangile sans doute trente années après l’épitre de Paul, peut-il écrire cela ? Ne connaît-il pas ce qui fut décidé au concile dit de Jérusalem, quand furent ratifiés les choix radicaux de l’église nouvelle en matière d’observance de la loi pour les pagano-Chrétiens ? Comment réaffirmer l’absolu de la loi quand furent abrogés sans hésitation circoncision et interdits alimentaires ?
Il est d’usage de s’en sortir en indiquant que Matthieu s’adresse d’abord aux judéo-chrétiens. Pour eux, la nouveauté heureuse du Christ n’est pas une abolition (kataluô) de la loi, au sens d’un reversement définif, d’une décomposition ou d’une destruction radicale. En effet, de manière suggestive, le verbe kataluô ne sera repris dans l’évangile que pour désigner la chute du temple et la ruine de Jérusalem, événement traumatique s’il en fut et plaie encore vive.
Ainsi, par delà l’effroi des ruines béantes, le salut consiste en un accomplissement paradoxal par intensification. Le temple nouveau au sommet de la terre promise remplace le fantôme de l’ancien à jamais perdu. Il prend dès lors la forme d’une sorte de plérôme du cœur, signe d’une existence en voie de conversion. Plêroô signifie cet accomplissement par remplissage et abondance. Il désigne l’œuvre divine devenue parfaite quand se réalise une promesse annoncée, celle que proclamèrent les prophètes. La vie nouvelle du disciple sous la loi renouvelée du Christ participe ainsi de l’avènement du Royaume attendu, de son culte redevenu quotidien et de sa justice désormais partagée avec tous.
