Livre-monde, la Bible met en lumière les multiples facettes de notre humanité. L’évangile de ce 4ème dimanche de Pâques (Jn 10, 1-10) résonne d’une actualité toute particulière, dont certains propos tenus récemment par le pape Léon donnent la ligne directrice : « Le nom de Dieu ne devrait jamais servir une stratégie de pouvoir » (Voir ICI).
S’adressant aux pharisiens suite à la guérison de l’aveugle-né (cf. Jn 9, 1-41), Jésus tente une nouvelle fois de leur enseigner son identité messianique. Avec une gravité de ton toute particulière – « Amen, amen, je vous le dis », formule répétée à deux reprises – il décline une image familière, celle du berger et de ses brebis, figures traditionnelles de Dieu et de son peuple.
Or, son discours commence par dénoncer des procédés d’appropriation illégitime : « celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte (…) est un voleur et un bandit ». Usurpant un droit qui ne lui revient pas, celui-ci établit son emprise par le mensonge et la violence. Ses vues sont destructrices, il « ne vient que pour voler, égorger, faire périr ». Le mal et ses représentants sont à l’oeuvre dans toute prise de possession abusive – domination, intimidation, manipulation… : la liste est longue et familière à nos sociétés, propres à certains modes de gouvernance professionnelle, politique, économique, culturelle, voire spirituelle.
Tout autre est la méthode proposée par le Christ : « Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom. » La relation est ici de confiance et de proximité, de connaissance et de reconnaissance réciproques. Il ne s’agit ni de s’emparer ni de contraindre, mais de libérer et de guider avec assurance, en respectant l’unicité de chacun au sein du collectif .
La remise en cause de leurs propres procédés est rude à entendre : ses interlocuteurs « ne (comprennent) pas de quoi (Jésus) leur (parle) ». Celui-ci développe alors une autre image : « Moi, je suis la porte des brebis », plus inattendue peut-être mais cependant récurrente (cf « Nul ne vient au Père que par moi » en Jn 14, 6).
Le motif de la porte offre des perspectives qui convergent toutes vers l’inépuisable miséricorde de Dieu pour ses enfants. Une recherche rapide permet de mettre certaines en avant, en rapport avec les propos considérés ici.
Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, dit le poète (A. de Musset, proverbe de 1845; ICI). Fermée, elle protège et préserve l’intimité, elle favorise la rencontre personnelle avec Dieu (« […] quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret »; Mt 6, 6), elle est le seuil salvifique où veille le pasteur (« si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé »). Ouverte, elle permet le passage d’un lieu à un autre, la transition d’un état à un autre. De la servitude à la liberté, « il pourra entrer », « il pourra sortir » – non pas au gré de caprices instables, mais en fonction de choix possibles en vue de « trouver un pâturage » où vivre d’une vie ajustée au désir de Dieu.
La porte-christ ouvre sur la vie justement, une vie donnée « en abondance ». Dieu, comme une mère, « n’a pas clos les portes du ventre où j’étais », proclame Job (Jb 3, 10). En Christ et par Christ, le Père donne accès au lieu où se développent les promesses faites pour nous avant même notre naissance. Comme le berger des brebis, il nous appelle par notre nom « dès (notre) sortie des entrailles maternelles. » (Is 49, 1-5). Un être vient au monde et répond à l’appel du Vivant.
Pâques, Pessa’h : Christ brise les portes de la mort et ouvre la seule qui donne accès au Père. Il est tout à la fois portier, seuil, chemin, guide, et sa Parole nous donne la clef de son amour, grand ouvert pour nous accueillir. Nulle stratégie de pouvoir ne peut s’opposer à ce qu’elle fasse son œuvre travers le monde.
