Ce dimanche (11 TO, année A), douze disciples (gr. mathêtês) deviennent douze envoyés, ou « apôtres » (gr. apostolos). Ce terme, très lucanien et paulinien, est rare ailleurs. Matthieu l’utilise seulement une fois. Il préfère nommer le groupe apostolique par son chiffre, douze (gr. dodeka), indice que ce nombre est prégnant par sa référence à tout Israël. Les douze valent donc moins par leur qualité individuelle que par le symbole collectif qu’ils actualisent par métonymie.
Leur liste nominative est encadrée par deux formulaires de nature différente. Le premier explicite une délégation de pouvoir (gr. eksousia) totale (don) sur deux actions « surnaturelles » : exorcisme et guérison. Les délégués font désormais ce que seul faisait le maître (cf. Mt 4, 23 ; 9, 36, etc.).
Le second formulaire développe des instructions, le verbe para/aggelô (paraggelô) étant clairement apparenté à eu/aggelô (evaggelô). Celles-ci sont au nombre de trois : les destinataires, le contenu, la modalité. La portée restrictive des destinataires prépare le grand chamboulement centrifuge du chapitre final (Cf. Mt 28, 18-20). Le contenu amplifie la délégation initiale, ajoutant prédication, éveil des morts et purification des lépreux.
La modalité est extrêmement développée (tout le chapitre !) et radicale. Elle se retrouve résumée ici à sa phrase inaugurale, afin, semble-t-il, de privilégier l’amont de l’appel, à savoir le constat douloureux du manque d’ouvriers. Ce choix de découpage laisse perplexe tant le mouvement du récit matthéen montre combien forme et fond s’embrassent. La réussite de la mission tend moins à réaliser ceci ou cela qu’à la vivre ainsi. Entendez « gratuitement », voire en vain (autre sens du mot dôrean).
Rappel salutaire et libérateur en ces temps toujours tentés de privilégier exploits pastoraux, vague efficacité administrative ou d’arguer la crise des vocations pour tolérer un clérocratisme arrogant.
