Universelle intercession (Mt 15, 21-28)

À hauteur de disciple, c’est à n’y rien comprendre. D’une part, Jésus ordonne à ceux-ci de « ne pas (prendre) le chemin des païens » (Mt 10, 5), mais le voici qui se rend aujourd’hui (20ème  dimanche TO, année A) dans la région de Tyr et de Sidon, en territoire cananéen – entendre par là, idolâtre. Par ailleurs, il leur enseigne que rien d’extérieur au croyant n’est impur (Cf. Mt 15, 11), mais sollicité par une cananéenne, il refuse tout contact avec elle. Même plus, sur instance de ses compagnons, il la refoule de façon quelque peu méprisante : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 15, 24). Finalement, cependant, il fait son éloge : « Femme, grande est ta foi. »

 

À ces mots, les oreilles de Pierre doivent bourdonner, lui auquel le maitre a, peu auparavant, reproché sa tiédeur (cf. ICI). C’est que la femme, elle, reconnait d’emblée la royauté du Christ : sans hésitation, c’est par le titre « Fils de David » qu’elle l’interpelle – comme, plus tard, les aveugles à Jéricho (Cf. Mt 20, 31). Confrontée au mal de sa fille en proie à un démon, elle fait sienne la foi du psalmiste en la miséricorde et l’action du Messie : « Prends pitié » , « Seigneur, viens à mon secours ». C’est ainsi qu’elle, la païenne, l’impure, débat avec une pertinence et une liberté réjouissantes : « Les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maitres ».

 

Que le Royaume de Dieu soit destiné au peuple élu, elle l’admet totalement. Mais au-delà, elle confesse son espérance en la surabondance de bienfaits venue de la table d’Israël et avoue sa dépendance avec humilité. Christ est le seul Seigneur à qui adresser son ardente supplique, le seul entre les mains de qui remettre sa vie et celle de son enfant. Ce n’est pas vers un quelconque guérisseur qu’elle lance son cri, mais vers le Sauveur.  Alors,

[…] à l’heure même, sa fille fut guérie.

Par ce miracle, Jésus dispense son débordement de grâce au-delà des frontières tracées par les préjugés communautaires ou identitaires. Sous les yeux des disciples dépassés, n’est-ce pas ainsi également qu’il appelle les brebis perdues de son peuple à revenir à lui, quel que soit le territoire où elles se sont dévoyées ?

 

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