La confession de foi à Césarée (21ème dimanche du TO, année A) est un moment pivot et partant paradoxal de l’évangile selon Matthieu.
Pivot puisque les disciples approfondissent de manière décisive leur compréhension du mystère personnel de Jésus. Ils dépassent la figure du fils de l’homme selon les autres et découvrent la réalité charnelle et épiphanique du messie selon une révélation directe du Père qui est aux cieux.
Paradoxal, puisque ce moment de révélation est immédiatement suivi par un ordre solennel de secret. Le temps n’est pas encore accompli. La déclaration de donation adressée à Pierre redevenu Simon, fils de Jonas, est au futur, un futur actif dans le présent du lecteur. Car, si la donation est totale, sa réception reste inachevée et possiblement menacée.
Cette notion centrale de secret réactive l’avertissement ternaire du sermon sur la montagne qui suit les béatitudes (cf. Mt 6). La situation bienheureuse et ajustée de Simon-Pierre s’effacera s’il renonce à ce secret protecteur de la révélation, s’il s’abîme dans le rayonnement malsain et mortifère du spectacle, trompettes et premières places. Alors, les clés n’ouvriront plus sur le royaume des cieux, simple et bouillonnant de vie, mais sur le royaume de l’entre-soi et d’un théâtre emplumé, doré, encensé et vide.
À Césarée, ville païenne du César Philippe, le fils confessé du Dieu vivant institue le fils de Jonas. Le premier devient ce qu’il est, le messie. Le second devient ce qu’il sera, la pierre et le porte-clé. Deux fils, deux héritiers, soudain reliés l’un à l’autre par le projet fou du Père.
