Toujours prêts (Mt 24, 37-44)

Ce dimanche, entrée en Avent. Changement d’année liturgique, année A, nouvel évangéliste. De Luc à Matthieu, la même chose, mais en différent.

 

Comme il sied dans le monde biblique, nous commençons par la fin, les derniers jours. Sauf que ceux-ci sont référencés en amont au Déluge, en aval à la venue du Fils de l’humain. Beaucoup lisent ce texte imagé de manière apocalyptique. Nous proposons ici une autre interprétation, une autre apocalypse. La même en fait, mais en différent.

 

Le recours au précédent déluvien active l’image de la surprise. Or, l’imagerie apocalyptique, violente et spectaculaire, n’est guère surprenante. Au contraire, elle a quelque chose de très attendue en période de crise. Mais, à y bien regarder, l’épisode de Noé articule ce formidable fracas méga-cosmique sur la question intime et discrète de la justice personnelle d’un seul homme. Noé est sauvé, partant tout le cosmos vivant, car il est juste au sens de l’Alliance. La venue décisive et discriminante du fils de l’humain ne serait-elle pas aussi de cet ordre ?

 

Le voleur vient chaque fois que la justice crie à nos portes. Une justice simple, proche et sans esbrouffe. Nous espérions les grandes orgues polyphoniques des superproductions hollywoodiennes, voilà la banalité grise du quotidien. Par delà une légitime déception, passée la bouderie devant un dieu si différent de nos attentes, un dieu si peu divin, le chemin est grand pour se convertir à une telle annonce. Trouver le Noé en nous, la part subtile et cachée qui échappe au naufrage. S’y réfugier.

 

Puis voguer sur l’océan de la mort comme le messie marchait de nuit sur les eaux noires du grand lac.

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Si vous désirez approfondir ce point, retrouvez Déluge, notre série exégétique en six épisodes, production labellisée des studios Maison Tabga.

 

    • Pour lire l’épisode n° 1 : « L’amer constat », cliquez ICI.
    • Pour lire l’épisode n° 2 : « Justice », cliquez ICI.
    • Pour lire l’épisode n° 3 : « La mesure du secret », cliquez ICI.
    • Pour lire l’épisode n° 4 : « Noé, archiviste de la Création », cliquez ICI.
    • Pour lire l’épisode n° 5 :  « Le calendrier du désastre », cliquez ICI.
    • Pour lire l’épisode n° 6 : « Sortir ! Oui, mais… », cliquez ICI.

 

Hébreu

La prochaine session de l’école d’hébreu biblique aura lieu à la Maison Tabga, le samedi 20 décembre 2025. Au programme :

 

  • 9h : cours d’hébreu par niveau (débutants / confirmés;
  • 10h : Histoire de l’hébreu, 3000 ans d’évolution, par Mr Élie FERRANDON, directeur de l’école.
  • 11h : Conférence intitulée « Des évangiles à l’antijudaïsme chrétien », par Mme Nelly GODDE, étudiante à l’Ucly en D.U. Chrétiens en relation avec les juifs.

 

Pour toutes informations, veuillez cliquer ICI.

Paroles et silence (Lc 23, 35-43)

L’évangile lu pour la solennité du Christ Roi se présente comme un texte contrasté. La scène qu’il rapporte est d’un abord à la fois dérangeant et malaisé. Teintée d’un voyeurisme presque obscène, la première partie met mal à l’aise. La seconde, consacrée à un échange surprenant, déconcerte : comment concevoir que des hommes, « suspendus en croix », puissent ainsi converser ? Se mettre à l’écoute des propos tenus et des silences qui les ponctuent permet de remettre en perspective la gravité du récit.

 

Voici Jésus dans une situation qui le place aux antipodes de la gloire que la Transfiguration avait manifesté. Il est élevé, certes, mais cette fois, à la croix – étrange trône pour un roi. Il ne se présente pas resplendissant de lumière, mais bafoué et « broyé par la souffrance » (Is 53, 10). Il n’est pas accompagné par la voix descendue de la nuée divine (Cf. Lc 9, 27), mais par le brouhaha de rumeurs infamantes. Venu comme au spectacle, « le peuple reste là à observer ». Mû peut-être par une curiosité malsaine, on attend une ultime manifestation des pouvoirs surnaturels de celui que sa réputation de faiseur de miracles avait fini par précéder dans tout le pays. Mais il reste silencieux – qu’aurait-il à dire de plus, d’ailleurs, que ce qu’il a déjà dit lors de son procès ? Et « si défiguré qu’il ne ressemble plus à un homme » (Is 52, 14), il laisse la foule déconcertée, déçue certainement – comme nous le sommes parfois lorsque nous attendons de lui quelque intervention dans nos vies, dont nous ne percevons rien .

 

Alors, les railleries fusent, avec, par trois fois, cette provocation : « Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ». Après l’échec des tentations au désert, Satan s’était éloigné « jusqu’au moment fixé » (Lc 4, 13). Pas plus cette fois que la précédente, le diable n’a prise : cette fois, c’est par son silence souffrant, inconcevable (n’est-ce pas cela, le signe extraordinaire attendu ?) que le Fils de Dieu reste fidèle à la Parole du Père. Mais la foule attend un signe : ne voyant rien, elle conclut à l’imposture, l’homme n’est pas celui que l’on pensait, il n’est pas le messie attendu. Or, sans doute faut-il comprendre tout l’inverse : qu’il ne se passe rien pointe une modalité inouïe du règne de Dieu, modalité dont il est seul capable, souverainement. Mais ils font tant de bruit, en bas, qu’ils ne peuvent entendre ce qui se dit, en haut, entre Jésus et les deux hommes crucifiés à ses côtés. Les mots qu’ils prononcent, pourtant, sont décisifs : tendons l’oreille pour entendre leur murmure.

 

Par leur propos, ces deux hommes accompagnent Jésus dans son agonie. Lui, descendant avec eux au plus bas, il partage leur misère. Dans l’ignominie et la douleur partagées se joue le salut de notre humaine condition.

 

De ces deux hommes, nous ne savons rien, si ce n’est que ce sont deux malfaiteurs, deux pécheurs,  dont la condamnation « est juste » au regard des lois humaines. Nous ignorons tout d’eux, mais à y regarder d’un peu près, ils semblent bien proches de nous et de notre attitude parfois contradictoire à l’égard de Dieu. L’un ne renie aucune de ses fautes, il récrimine dans un mouvement d’impatience contre ce Seigneur dont il voudrait tout, sans comprendre ce qui se joue réellement dans son attente. Jésus ne lui répond pas. L’autre voit en Christ et dans la souffrance qui les rapproche et les met face à face, la source du salut. Il s’ancre dans une proximité avec lui, qui le ramène à Dieu. Accueillant cette souffrance, il pressent le mystère tout proche, et confesse la fidélité, la force et la sagesse de celui à qui il adresse une prière d’une ferveur totale :

Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras régner (Traduction Le Semeur)

Souveraine réponse que celle du Christ, qui sans tarder fait partager son règne à celui qu’il rencontre à la croix et associe à son salut  :

Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis. (idem)

Au jour de notre mort, nous serons avec lui dans le paradis, c’est-à-dire restaurés, renouvelés, comme au premier jour. Le premier-né d’entre les morts (cf. 2ème lecture) établit son règne au plus près de notre condition mortelle pour nous engendrer de nouveau dans son royaume – l’éternité retrouvée.

 

Aussi paradoxal que cela paraisse, au coeur même du pire, la réponse de Jésus est source de joie. Il nous l’adresse dans l’aujourd’hui de nos vies, dans la promptitude de son amour pour nous,  afin  que nous gardions au coeur l’espérance de la rencontre avec lui.

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