La dîme du lépreux (Lc 17, 11-19)

En ce dimanche (Lc 17, 11-19; 28 TO année C), Jésus navigue au cœur des zones périphériques, Samarie au passé hérésiarque, Galilée au sang mêlé. Aux portes d’un village inconnu, il rencontre dix hommes lépreux. Ils forment un compte juste qui fait unité. Ils parlent et agissent ensemble, unis par leur impureté tant physique, morale que religieuse.

 

Après une demande collective, ils obéissent à la procédure proposée, signe de confiance (mais que risquent-ils ?). Miracle ! La purification (gr. katharidsô) s’opère sur la route vers le Temple. Mais, là, le groupe se divise. Les anciennes distinctions réapparaissent. Le goupe de 9 disparaît du récit christocentré. Sans doute vont-t-ils ailleurs afin de finaliser le process en se montrant aux prêtres, à Jérusalem. Le dernier, l’unique par défaut, fait retour. Il constate simplement qu’il est guéri (gr. iaomai). De fait, que lui importe la purification, rite de réintégration dans la communauté juive, puisqu’il redevient ce qu’il était avant pour les autres, un étranger, un Samaritain.

 

Cependant, cette exclusion que seul le malheur avait dépassé est devenue une chance. Elle permet deux choses : glorifier Dieu sur le chemin et rendre grâces (gr. eucharisteô) en tombant aux pieds de Jésus, source inespérée d’une connexion joyeuse avec le céleste. Jésus, lui, ne retient que la gloire rendue à Dieu et constate en guise d’eucharistie un salut en action. Non plus la santé seulement et la réintégration sociale, mais bien un salut total (sôidzô), sommet de l’évangile et signe de la présence du Royaume.

 

1 sur 10, soit la dîme. Jésus reçoit ici la dîme de son action thaumaturgique. Celle-ci prend la forme du salut d’un étranger, soit un homme libéré des contraintes nationales, des fantasmes d’appartenances et des obligations rituelles. À travers cet exemple qui bouscule, Luc offre une nouvelle catéchèse sur la forme révolutionnaire de l’eucharistie.

Cours d’hébreu

Pour mieux goûter l’Ancien Testament, il est indispensable de maîtriser quelques éléments d’hébreu. Cette langue aux richesses étonnantes ouvre les coeurs aux trésors de la pensée biblique.

 

C’est pourquoi, la Maison Tabga propose une rencontre mensuelle pour les hébraïsants. Désormais, l’étude sera divisée en deux groupes, les débutants (cours assuré Mr FERRANDON) et les personnes confirmées (cours assuré par Mme GODDE).

 

Les matinées s’organiseront comme suit:

  1. 9h  : cours par niveau ;
  2. 10h : cours commun sur un sujet transversal aux deux niveaux ;
  3. 11h ; conférence ouverte à tous en lien avec la Bible et le judaïsme.

À l’occasion, la recontre se clôt par un repas tiré du sac.

 

Les cours sont regroupés un samedi par mois pour permettre d’accueillir des gens qui viennent de plus loin. Merci de faire connaître autour de vous cette proposition.

 

Le nombre de places est limité. Pour s’inscrire, merci de bien vouloir compléter le formulaire de contact (ICI).

Moutarde ADG Appellation divine garantie (Lc 17, 5-10)

C’est une prière que nous avons sans doute tous déjà formulée : « Augmente en nous la foi ! ». Dans l’évangile d’aujourd’hui (Lc 17, 5-10), Luc la place dans la bouche des apôtres. Jésus vient de leur enseigner la nécessité et la force du pardon : « Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi, […] tu lui pardonneras. » (Lc 17, 3-4). Sans doute l’ampleur de la tâche leur semble-t-elle bien ardue, pour qu’ils demandent ainsi un surcroit de force afin d’accomplir la mission qui leur est confiée. Une fois de plus, la réponse de Jésus déplace légèrement le problème.

 

Il commence par opposer aux apôtres leur manque ou insuffisance de foi  : « Si vous aviez la foi […] vous auriez dit ».  Et de fait, avant la résurrection, force est de constater qu’elle leur fait défaut. Un tel constat suffit à justifier leur demande, alors que par ailleurs, c’est lui-même qui les a choisis, ces hommes de peu de foi : serait-il à ce point incohérent ? Son développement appelle en réponse une autre question : qu’est-ce que la foi ?

 

L’image utilisée par le Christ compare la foi à une semence, grosse  « comme une graine de moutarde ».  Elle est donc destinée à porter du fruit : « vous auriez dit à l’arbre […] “Déracine-toi …”, et il vous aurait obéi ». La plus petite des graines (Cf. Mc 4, 31) est ainsi dotée d’une puissance qui dépasse tout ce que l’entendement humain peut imaginer. L’évangile selon Marc, avec une formulation très similaire, apporte un éclairage supplémentaire : « Ayez foi en Dieu. […] quiconque dira à cette montagne : “Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer”, s’il ne doute pas dans son cœur, … cela lui sera accordé ! » (Mc 11, 22-23).  Ce n’est donc pas tant la quantité de foi qui importe que sa mise en œuvre.

 

Pour augmenter la foi en eux, Jésus conseille aux apôtres de la semer « de sorte qu’elle grandit et dépasse (tout ce qu’il est possible d’espérer) » (Mc 4, 32). Cela implique également d’avoir foi en la foi elle-même, avec confiance et patience (Cf première lecture : Ha 2, 3) : dans la deuxième lecture, Paul conseille ainsi à Timothée de raviver ce don gratuit qui est en lui, conformément au « modèle donné par les paroles » du Christ (2 Tm 1, 13). Quant à l’activation de la foi, elle passe justement par une prise de parole. Elle s’exerce en tant que parole efficiente, agissante, ou en tant que réponse favorable à cette parole : sommé de se planter dans la mer, l’arbre obéit. L’effet de la foi consiste finalement à réaliser l’impossible, considérant que l’impossible selon les hommes est possible à Dieu (Cf. Lc 18, 27). C’est ce que le Christ, s’adressant aux apôtre, met en application : construire en eux la foi, pour qu’ils le fassent à leur tour.

 

Il s’agit tout d’abord de mettre en mouvement ce qui est immobile, selon l’impératif  « va », fréquent dans la bouche du Christ. La foi se définit en outre comme adhésion à la vie et souffle vital, permettant à l’arbre de se déployer même en milieu défavorable. Enfin, elle engage dans un combat contre le péché et la mort. Le texte grec parle de déraciner un  « mûrier » (sukaminos) pour le replanter en pleine mer. Or, le mûrier est une ronce, dont nous savons qu’elle étouffe le grain semé par le semeur (Cf. Mc 4, 4-7) et la Bible représente la mer comme le milieu impur par excellence. Il s’agit donc d’extirper le mal du sol où il veut se développer, puis de faire jaillir la vie de la mort. De ce point de vue, la foi implique aussi l’attitude de miséricorde et de pardon nécessaire aux apôtres pour l’accomplissement de leur service.

 

Jésus développe alors une parabole, dont le lien avec l’image précédente repose sur cette notion du service.

 

Une fois de plus sont mis en présence un maitre et son serviteur. Le rôle du serviteur est de « labour(er) ou gard(er) le troupeau ». Il s’agit de préparer la terre pour les semailles, faire paitre et réunir les brebis, en vue du festin du Seigneur : « Prépare-moi à diner, mets-toi en tenue pour me servir ».  La tâche s’accomplit avec l’humilité qu’implique la forme restrictive « Nous n’avons fait que notre devoir » : il ne s’agit pas tant de réaliser des actions éclatantes que de faire ce que le Seigneur attend.

 

C’est en cela que Jésus parle des apôtres comme de « simples serviteurs ». Une traduction littérale du grec les considère même comme des « serviteurs inutiles » : quand toute entreprise humaine se mesure à l’aune de l’utilitarisme arrogant et de la rentabilité triomphante, le royaume est mis à mal ! La foi permet de déployer en toute humilité une logique de gratuité inédite, déjà prônée par les évangiles des semaines passées.

 

La mission nécessite une obéissance totale à la volonté divine, traduite par le retour du verbe « exécuter (les ordres) ».  « Obéir » est un verbe qui dérange nos prétentions à l’indépendance. Placé sous le signe du Christ, il devient consentement, abandon salvifique au plan de Dieu. Celui-ci alors pourra inviter chacun de ses ouvriers à s’asseoir à sa table, comme on invite un ami : « Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour ».

 

Alors oui, demandons au Seigneur d’augmenter en nous la foi ; il nous répondra de croire que nous sommes ses serviteurs inutiles – ses bien-aimés.

Défiler vers le haut