Festival des poussières 2026

Reportage de Dominique et Véronique, envoyés spéciaux de la Maison Tabga au Festival des Poussières 2026 et son titre alléchant « N’appelez personne père, maitre ou seigneur » (Mt 23, 9).

 

Un festival chrétien inclusif, interreligieux et oecuménique, qui rassemble plus de 700 personnes (majorité de 25 à 45 ans) pendant 4 jours : c’est le pari réussi pour la 4ème année, dans l’écolieu de la ferme de Goshen (près de Dijon). Né d’une initiative du mouvement Anastasis, y sont particulièrement traités des sujets liés à l’écologie, au féminisme, au respect des minorités, à la gestion du pouvoir, à l’éthique, la justice et la pauvreté…

 

Rythmés par la liturgie des heures, de temps de prière interreligieux, la messe et le culte, ces quatre jours ont offert aux participants des conférences, travaux bibliques et théologiques, tables rondes et ateliers, d’une grande qualité et superbe créativité . Autant de sujets exigeants en ces temps où le déni climatique n’est plus possible et où la montée du fascisme et de la violence ont de quoi nous questionner et nous inquiéter.

 

 

Un lieu chrétien où se nourrir de la parole de Dieu et se ressourcer : un véritable bain ecclésial ! La richesse de débats intergénérationnels, respectueux des diverses origines et sensibilités, a permis de se former et d’acquérir des outils pour éclairer sa conscience, à la lumière de l’Evangile et de ses exigences : l’option préférentielle pour les pauvres et l’exigence de justice pour une Paix possible.

 

Lieu d’appel également à faire entrer ces sujets et débats dans nos paroisses (souvent très frileuses sur ces questions), à la veille d’échéances politiques et électorales importantes.

 

Perdre pour gagner (Mt 18, 21-35)

Après le temps de la conciliation, celui de la réconciliation (24 TO, année A). Après l’attention vigilante portée au petit (Mt 18, 1-14), le pardon total accordé au frère. La semaine passée, Pierre entendait l‘enseignement de Jésus (Mt 18, 15-20). Il s’applique aujourd’hui (Mt 18, 21-35) à en reprendre scrupuleusement les termes pour envisager leur mise en pratique : « lorsque mon frère commettra des fautes contre moi », jusqu’où pardonner ? Avec zèle, il vise la perfection : « jusqu’à sept fois ». C’est le chiffre de la plénitude, accordé en remise de dette. En réponse, Jésus développe une logique de l’incalculable, réduisant à bien peu la générosité du disciple. Il s’agit de pardonner indéfiniment, et même au-delà. Un don plus que parfait : quel vertige !

 

Initiée avec le mot « cieux », la parabole qui suit conclut avec le même mot, référé au Royaume et au Père. Loin des calculs d’équilibre budgétaire, l’économie divine repose sur l’inépuisable compassion du « bon  maitre » (Cf. Lc 18, 19) à l’égard de son serviteur. C’est également celle de compagnons vigilants, qui deviennent lanceurs d’alerte quand  l’un bafoue le droit et la justice définis par les commandements. Devenu « un scandale, une occasion de chute » pour autrui (Mt 18, 6), celui qui fait emprisonner son semblable sans prendre le temps de la compassion se jette lui-même en prison. Il descend  au plus bas et au plus obscur du cachot que son intransigeance creuse sous ses pieds. Refusant à autrui ce qui lui a été accordé, il devient son propre bourreau et en paie les conséquences tant qu’il n’a pas « remboursé tout ce qu’il (doit) ».

 

Mais à ce moment de l’histoire, puisque sa dette a déjà été remise, que doit ce serviteur impitoyable ?

 

La générosité du maitre venait « du fond du coeur ». Elle n’était pas une formule convenue pour clore sèchement un dossier. Elle ouvrait, au contraire, sur une vie en vérité. Elle appelait certes à une perte – celle de l’orgueil égoïste qui n’entend que le mensonge de sa supplique aux jours difficiles – mais qui fût un gain.

 

L’homme de la parabole n’a pas entendu l’appel au repentir et à la conversion. Il perd sa vie en voulant la garder.

Traité d’arithmétique (Mt 18, 15-20)

À l’heure des grands projets et belles parades, l’évangile de ce dimanche (23 TO année A) nous ramène à l’essentiel mathématique, appris au cours primaire.

 

L’arithmétique évangélique travaille avec le fondamental : « seul à seul », « une ou deux », « deux ou trois », jauge modulable reprise deux fois. Quant à l’assemblée (ekklesia), si elle est citée, elle n’a pas de nombre. Elle se présente plutôt comme une personne vivante. La parole du Christ s’adresse donc ici à des personnes en relation et en écoute, pas à des foules informelles en fusion ou long monologue. Pas d’effet de masse et de réconfort grégaire, au contraire. La légèreté radicale du dispositif crée une exigence spirituelle directe, plus rude, qui gagne à mesure où elle bénéficie à l’autre dysfonctionnel, clairement identifié.

 

Passons à la géométrie. Elle définit un segment (deux) ou une figure (au moins trois) et considère alors leurs centres indisponibles, réservés à Jésus et lui seul, soudain présent par la seule symphonie des cœurs. Véritable ascenseur vers le Père, le lien horizontal a suscité en lui-même un lien vertical, médiatisé par le surgissement résurrectionnel et intégral du Fils. L’invention inédite de cette nouvelle dimension porte la joie sereine et la force libératrice du salut.

 

Prions ainsi pour que la parole du pape, par sa douceur et sa tranquillité, nous libère des fausses tentations (« Nous sommes (encore) légion »), mais nous oriente vers cette simplicité déroutante et infinie.

 

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