La SEP me rend perplexe. Pourquoi cette destruction méthodique ? Y-a-t-il en moi deux moi en lutte ? Ou plein de moi ad libitum qui chacun joue sa partition et se désharmonise lentement, au prix d’irréversibles déchirures ? Ou encore un moi rebelle, en guerre contre soi ? Je pourrais continuer à l’encan et traverser mille systèmes. En tout cas, cette force inconnue affirme que le moi qui dit Je avec emphase est très incomplet et illusoire, même s’il parle beaucoup, et avec assurance. L’assurance irréductible des imbéciles, des demi-habiles de Pascal. Car sur ce sol instable sourd partout l’enfoui, le mal-dit, le reste, indices d’un mystère déchirant qui attire et fait mal.
Autre perplexité : pourquoi le miracle que je suis, comme tout vivant, fruit de millions d’années d’évolution, se dissout-il aussi vite ? Quel gâchis formidable, incommensurable, absurde ! Tout ça pour si peu de temps ! À peine apparu, déjà en voie de disparition et de délabrement ! On pourrait presque dire apparu en voie de disparition, apparu pour disparaître, né comme archive (cf. Perplexité II).
Cet excès délirant par lequel l’homme passe l’homme est-il le même qui suscite en nous l’admiration esthétique et la joie surhumaine, entendez la Gaudium des Anciens ? Sommes-nous à ce point fragile et débordé que notre unique lieu authentique soit cette présence fugace face à la démesure, l’incommensurable qui effraie et la chute inévitable dans le précipice ?
Comme si ce qui est déjà perdu et doit se recevoir se donnait pour toujours comme notre seule ressource…