Si j’ai bien compris Pascal, chaque fois que j’éprouve l’horreur de ma mort naturelle, j’éprouve le péché d’origine, source de déraison, d’errement et d’aveuglement. Car je saisis par intuition ce que la mort naturelle est devenue pour les humains : une insupportable néantisation du moi.
La SEP a donc une vertu insigne. Avec pédagogie, elle m’initie à la mort naturelle telle qu’elle est, quand elle se libère du délire narcissique. Par étapes très progressives et épreuves choisies (quelques poussées délicates), elle instille cette vérité déroutante. À petites doses, le poison est un médicament. J’ai moins peur, je comprends mieux et envisage des stratégies alternatives. Assis nu sur mon tas de tessons à ostracisme, plaqué au sol et enchainé dans la salle ténébreuse, mes yeux s’habituent lentement à l’obscurité. Bientôt l’on discerne quelques formes, on ose explorer le périmètre à l’entour. Impossible d’échapper, me voici bien coincé. On réfléchit. On lit. Pour sortir du puits (si c’est un puits) en forme de geôle, j’appelle à l’aide. J’attends une réponse. Rien ne vient. Que peut venir d’en haut ? Une corde ? Pour quoi faire, je n’aurais pas la force de grimper. L’autre possibilité me laisse perplexe.
Je reprends les évangiles et décide de faire confiance. Ai-je d’autres choix conséquents ? Dès lors, j’ouvre les écoutilles et plonge dans la lumière du texte. Avec d’autres, une foule, je travaille encore et encore. J’oublie les arrière-mondes de pacotille (y ai-je jamais cru ?), la lumière crue et glacée des opéras cultuelles (ne m’y suis-je jamais qu’ennuyé ?). Avec le crucifié parfois présent auprès de moi, nu lui aussi, assis sur le tas de tessons et de détritus, l’éternité c’est aujourd’hui.
Pour le reste, le poids du jour et la dureté de l’existence, rien ne change. Mais le malheur scintille de l’éclat passager d’un amour désespéré et salvateur.