Pierre d’achoppement (Mt 16, 21-27)

Ayant rappelé à ses disciples le nécessaire secret concernant sa personne (cf commentaire de Mt 16, 13-20), Jésus annonce sa passion sous forme d’une énumération, clef de voûte de son enseignement : « Partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup […], être tué et […] ressusciter ».

 

Pierre réagit comme s’il n’avait pas écouté jusqu’au dernier mot, oublieux aussi de la seconde proposition de sa profession de foi (« Fils du Dieu vivant » en Mt 16, 16) :

Dieu t’en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera point !

Comment concevoir un messie humilié et défait par la plus ignominieuse des morts ? Comment concevoir le béni de Dieu réduit à la passivité la plus honteuse et à la plus extrême des violences ?  « Scandale pour les Juifs et folie pour les païens » (1Co 1, 23) : le disciple se voile la face, ignore les Écritures et l’hostilité des autorités religieuses, refuse l’engagement de son maitre. Premier reniement ? Il n’entend ni la nécessité consentie du don absolu, ni la toute puissance du Père dont le Fils s’offre en sacrifice.

 

Jésus redéfinit alors le chemin des débuts en Galilée. Il développe une nouvelle énumération, tautologique : qui « veut marcher à (sa) suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il (le) suive ». Marcher à la suite, c’est suivre, impossible de tergiverser – le oui devient un oui plein et entier (cf Mt 5, 37) !

 

Au nécessaire engagement du Christ (« Il lui fallait partir ») répond la volonté consentante de qui lui emboite le pas. Certes, la souffrance est inévitable, mais sa reconnaissance et son acceptation dès aujourd’hui (« qui perd sa vie ») ouvrent un avenir (« sauvera (sa vie) »). En rejoignant l’humanité dans la mort, Christ assure la charnière : en elle-même, la douleur n’est pas rédemptrice, mais l’absolu du don à la croix ouvre le salut. Le sang versé signe la remise de dettes accordée à qui met ses pas dans ceux de Jésus. Qui endosse le geste sacré de la passion reçoit l’espérance assurée de la venue du Fils « dans la gloire de son Père ».

 

Loin de tout dolorisme, « donner (sa vie) en échange de sa vie » nous invite à  humblement – et ardûment, souvent – changer de paradigme et nous laisser transformer pour et par le chemin de salut à parcourir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut