Secret filial (Mt 16, 13-20)

La confession de foi à Césarée (21ème dimanche du TO, année A) est un moment pivot et partant paradoxal de l’évangile selon Matthieu.

 

Pivot puisque les disciples approfondissent de manière décisive leur compréhension du mystère personnel de Jésus. Ils dépassent la figure du fils de l’homme selon les autres et découvrent la réalité charnelle et épiphanique du messie selon une révélation directe du Père qui est aux cieux.

 

Paradoxal, puisque ce moment de révélation est immédiatement suivi par un ordre solennel de secret. Le temps n’est pas encore accompli. La déclaration de donation adressée à Pierre redevenu Simon, fils de Jonas, est au futur, un futur actif dans le présent du lecteur. Car, si la donation est totale, sa réception reste inachevée et possiblement menacée.

 

Cette notion centrale de secret réactive l’avertissement ternaire du sermon sur la montagne qui suit les béatitudes (cf. Mt 6). La situation bienheureuse et ajustée de Simon-Pierre s’effacera s’il renonce à ce secret protecteur de la révélation, s’il s’abîme dans le rayonnement malsain et mortifère du spectacle, trompettes et premières places. Alors, les clés n’ouvriront plus sur le royaume des cieux, simple et bouillonnant de vie, mais sur le royaume de l’entre-soi et d’un théâtre emplumé, doré, encensé et vide.

 

À Césarée, ville païenne du César Philippe, le fils confessé du Dieu vivant institue le fils de Jonas. Le premier devient ce qu’il est, le messie. Le second devient ce qu’il sera, la pierre et le porte-clé. Deux fils, deux héritiers, soudain reliés l’un à l’autre par le projet fou du Père.

 

Passion du partage (Mt 14, 13-21)

L’évangile de ce dimanche (18 TO, année A) est bien connu des habitués de la Maison tabga, qui lui doit son nom. En effet, l’épisode du partage des pains est localisé par la tradition au lieu-dit Tabga, au nord du lac de Tibériade. Quoi qu’il en soit, il a motivé la création de cette proposition d’espace spirituel. Elle est structurée autour d’une idée simple, jaillie à la lecture de ce texte : selon l’évangile, la richesse ne provient pas de la multiplication mais du partage. Autrement dit, il y a suffisamment. Il n’est pas nécessaire de produire toujours plus, au risque évident de la surchauffe.

 

Inutile d’appuyer le trait en ces heures étouffantes de canicules à répétition.

 

Texte lu donc, relu et rerelu, et pourtant toujours nouveau. C’est ainsi, que je remarque aujourd’hui pour la première fois que ce repas partagé est un repas de deuil. Le deuil de Jean, deuil traumatique et impossible tant la foule importune impose de suite l’action salvifique.

 

Ce trait renforce la forme eucharistique du procédé. La richesse partagée, infinie, se nourrit du sacrifice à venir du fils. Ce point renforce l’insistance sur les douze paniers, référence évidente aux Douze. Ils deviennent ainsi les successeurs de celui qui entrevoit dès à présent devoir partager le destin tragique de Jean.

 

Chasse au trésor (Mt 13, 44-46)

En ce dimanche (17 TO, année A), texte court. Jésus fait court. Ses œuvres complètes font quelques pages. On est loin de Voltaire ou de Michel Onfray.

 

Cette concision est un outil, car il s’adresse à la foule qui a peu de temps. Comme nous aujourd’hui, distraits par une société de l’accaparement qui entretient le système économique et hâte l’échauffement général.

 

Une parole frugale donc, par lequel il s’agit de trouver un trésor. Le trésor réactive nos enfances, les coffres pirates pleins de pièces d’or, le trésor de Rackham le Rouge avec son sous-marin en forme de requin ou les vieux temples d’Indiana Jones. L’évangile travaille au lieu parfois enfoui de l’innocence native.

 

Les deux paraboles s’articulent finement en tant qu’elles précisent que ce trésor jaillit qu’on le cherche ou pas. En cela, elle désigne une adresse universelle, en partie involontaire et si surprenante qu’elle appelle une décision radicale : tout vendre pour. Ce constat somme toute logique ouvre un dépassement inattendu. Il y a plus grand que le monde de nos habitudes et propriétés, simples succursales d’un ailleurs incommensurable qui vient jusqu’à nous.

 

En quelques mots, le rabbi de Nazareth bouleverse nos vies. Le Verbe de Dieu emporte tout, et nous avec.

 

Défiler vers le haut