Langueurs excessives (Mt 4, 12-23)

Ce dimanche (3TO, année A), évangile bien connu. Enfiévré et toussoteux, le repos forcé en chambre du commentateur contraste avec le grand air maritime de cet envol évangélique le long de la mer.

 

Relisant, un mot m’étonne. Il s’agit du redoublement de l’objet de la guérison finale. Jésus guérit (gr. therapeuô) toute maladie (nosos) parmi le peuple (laos), termes classiques. Mais il guérit aussi et dans un même mouvement toute « infirmité » (malakia).

 

Le nom malakos est l’antonyme de karteros. Il signifie douceur, gentillesse, mais aussi, par excès, facilité, mollesse ou faiblesse. En grec moderne, il a pris le sens familier de bêtise et une acception très vulgaire (disons connerie), non sans sous-entendus libidineux que les traducteurs rendent parfois dans le NT par « efféminés » (Cf. 1 Co 6, 9).

 

De quoi s’agit-il alors ? Que guérit Jésus ici ? Moins des maux physiques semble-t-il, qu’une attitude d’excessive langueur ou d’acédie mortifère. Cet état létargique provoquerait l’absence dirimante d’énergie existentielle et de constance, élements essentiels pour faire confiance au surgissement d’une annonce aussi provocatrice. Peut-on alors traduire ainsi :

Ressaisissez-vous, redressez-vous, le royaume est proche, près de vous, pour vous. Ne soyez plus spectateurs, couards, avachis, aliénés, soumis, devenez acteurs de l’alliance nouvelle ?

Un peu long certes, mais cette attitude encouragée semble nécessaire pour s’ouvrir à la nouveauté vitale de l’évangile et à la force soudaine de la vie dans l’esprit.

Laisser faire (Mt 3, 13-17)

Il neige. J’aime la neige. Elle permet de rester chez soi, au chaud, sans mauvaise conscience. Elle oblige à laisser faire pour s’autoriser autre chose.

 

« Laisse faire […]. Il laissa faire » (Mt 3, 15). Cette attitude caractérise Jean le Plongeur dans l’évangile de ce dimanche (Baptême du Seigneur, année A). Autrement, pas de plongée du Christ. Jean accepte donc ici sa mission et l’accomplit, au nom de la justice divine. Le reste ne lui appartient plus. Son temps est révolu. L’action passe à l’élu. D’ailleurs il n’est pas le spectateur de l’épiphanie, contrairement au lecteur. Il demeurera jusqu’à sa fin dans l’économie de l’attente et de l’espérance.

 

Laisser faire traduit le verbe aphiemi. Ce laisser est une séparation radicale (apo/hiemi), une perte sèche, un arrachement souvent douloureux. Matthieu l’utilisera à 48 reprises, ici pour la première fois. Ce premier arrachement est aussi celui d’Israël et de toute la lignée prophétique. Désormais, cette action multiforme (oublier, quitter, pardonner, abandonner) accompagnera à tous les étages la difficile réception d’un évangile inattendu.

 

Et, comme il convient, Jésus l’expérimentera lui-même à l’heure décisive, quand il rendra l’esprit (Mt 27, 50). L’esprit reçu aujourd’hui.

 

Si tout l’évangile est ainsi traversé par cette motion particulière, elle demeure difficile à vivre. Pour preuve un débat récent dans le journal La Croix sur la possibilité ou non de prêtres mariés1Voir ICI.. Certes, la question mérite attention et prudence. Toutefois, ce qui m’étonne est l’obsession de certains à comprendre le réel seulement à l’aune de l’ancien, c’est-à-dire comme « crise des vocations » (entendez presbytérales ou plutôt sacerdotales).

 

En effet, ne peut-on pas envisager les choses autrement, comme épreuve salutaire, et ainsi laisser faire pour voir et écouter ce qui advient ? Ne convient-il pas de laisser le corps ecclésial se plonger dans le bain nouveau et se tourner vers ce qui vient ?

 

Ne soyons pas dupe. Sitôt sorti du fleuve, le fils institué est de suite jeté au désert. Là, il affronte l’hubris diabolique qui sait argumenter. Car le tentateur avisé cite les Écritures et ouvre devant lui des possibles pervers très désirables. Mais l’esprit veille et protège, pour qui s’en remet à la Parole et croit à l’Alliance. Pour qui se laisse conduire.

 

Alors, à l’issue, Jésus plongera à corps perdu dans la bonne annonce, sa joie et la nôtre.

 

Voeu d’un ami

Pascal Leseur, prêtre du diocèse de Langres, ami de la Maison Tabga et aumônier de la maison d’accueil pour migrants du Secours Catholique, Le Cèdre, à Paris, nous adresse ses voeux :

 

« Chers amis,

 

Quel cadeau de Noël pour moi, que d’accueillir vendredi 2 janvier, la communauté des frères de Taizé, au CÈDRE, après la rencontre européenne qui réunit 15 000 jeunes de toute l’Europe à Paris. Le CÈDRE, dont je suis l’aumônier, est un lieu de passage habituel pour de nombreux frères (de Taizé) , qui y trouvent une expérience humaine et chrétienne de l’accueil inconditionnel des plus pauvres.

 

Oui, quatre ans déjà et un engagement de trois autres années à venir me lient à une histoire qui changera ma vie. Croire que tout être humain est une histoire sacrée et a droit à une terre, un accueil, une simple dignité n’est pas un acquis, mais un combat de chaque jour !

 

Hier, j’ai rencontré Camara, un jeune bénévole sans papier dans un hall où il passe toutes les journées froides, avant de repartir dormir dans un parking souterrain. Il m’a serré dans ses bras :

Tu es la seule personne que j’ai vu aujourd’hui et qui me parle !

Je reconnais être en décalage avec les préoccupations de mes contemporains. Les personnes accueillies sont ma famille. Bien plus que l’aide matérielle ou administrative, nous sommes liés dans une même attente de Terre Promise.

 

Je comprends avec un nouvel éclairage cette aspiration du peuple de Dieu dans la Bible. Avec les juifs, nous sommes un peuple errant, nomade, à la suite d’Abraham. J’aime le vide des mosquées et de ceux qui se déchaussent pour saluer l’Éternel, mais j’aime surtout celles et ceux qui mouillent leur chemise pour la dignité humaine, le droit et l’accueil des personnes étrangères…

 

Le Jésus de la crèche est l’étranger, qui n’a pas de place pour l’accueillir, alors il se donne à manger à tous, dans une mangeoire.

 

Les tensions du monde sont dans la même veine, d’un côté le refus de l’Autre et d’autre part, une paix qui ouvre de nouveaux possibles, si nous nous investissons dans la rencontre et le courage du dialogue et des ajustements pour le bien de tous.

 

Que 2026 soit une année de projets et d’avancées pour nos aspirations à faire de notre vie, un pèlerinage de confiance ! »

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